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Vendredi, 22 Août 2008
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Ils avaient des camarades…
Philippe Randa
La Chronique
Les ennemis de l’Oncle Sam et de ses alliés ne sont décidément pas des gentlemen. Sous le prétexte des plus douteux que leur pays est occupé, leurs villages bombardés, leurs populations contrôlées et leurs patriotes abattus quand l’occasion s’en présente, ils s’arrogent le droit de ne pas l’accepter et pour cela, comble de scandale, tirent sur l’Occupant avec de vraies balles. Des balles qui tuent. Qui ont été créées, commandées, fabriquées pour cela. Les mêmes balles, d’ailleurs, que celles qu’utilisent contre eux les autoproclamés libérateurs du Monde en général et du CAC 40 en particulier.
Ces combattants-là sont appelés terroristes parce que faute de posséder d’aviation pour viser de haut et bombarder sans trop de crainte leurs ennemis, ils utilisent aussi des explosifs comme les salauds de pauvres qu’ils sont !
Non, ces gens-là, décidément, ne sont pas des gentlemen. Si c’était le cas, d’ailleurs, TF1 le proclamerait, Ben Laden serait invité chez Michel Drucker, Marguerite Duras recevrait le mollah Omar…
Outre les explosifs, ils ont aussi des fusils. Souvent, leurs balles partent dans tous les sens, criblent les façades des immeubles, se perdent dans les airs ou les carrosseries des automobiles, mais elles leur arrivent quand même de faire mouche. Ce n’est pas la faute à pas de chance, c’est la guerre… Et une guerre qui nous touche plus particulièrement si ce sont des poitrines bleu-blanc-rouge qui les stoppent.
La France vient de découvrir, semble-t-il avec stupéfaction, qu’on meurt à la guerre. Pas comme au cinéma où les acteurs ressuscitent pour le film suivant. Non, en Afghanistan comme en Irak, on y meurt pour de bon… ou l’on en revient parfois estropié à vie.
Ce n’est pas du jeu, n’est-ce pas ?… Depuis l’annonce de la mort au feu de dix soldats français, on n’en finit d’ailleurs pas de crier à l’horreur et à la triche.
Quelle horreur ? Que des soldats de carrière aient payés de leur vie leur engagement dans un conflit armé ? Comme l’a fort opportunément rappelé un de leurs officiers, c’est précisément parce qu’il y avait danger de mort que se justifie la présence de soldats. Sinon, les diplomates suffisent.
Quelle tricherie ? De rappeler à la société française que la présence de ses soldats – auxquels elle est subitement si attachée lorsque son gouvernement veut réduire ou redéployer les unités militaires si belles à défiler les 14 juillet et si utiles aux supérettes locales – se justifie tout de même aussi, tout de même d’abord, dans la défense des Français… et que lorsque ces soldats signent leur engagement, ce n’est pas uniquement pour comptabiliser leurs points de retraite, mais pour accepter, le cas échéant, le sacrifice de leur vie pour la tranquillité de la nôtre.
On peut douter de la légitimité de la présence française en Afghanistan, considérer que nos soldats sont exposés pour des intérêts étrangers, rappeler que Nicolas Sarkozy a renié son engagement de candidat de retirer nos forces armées de ce bourbier, demander qu’il le fasse désormais et au plus vite au nom du simple bon sens, voire du respect de la souveraineté d’un pays étranger… ou plus simplement, par cynisme, parce que les guerres en Afghanistan se ressemblent toutes, que ce soient pour l’Angleterre qui a envahi trois fois le pays sans réussir à dompter son peuple, l’URSS qui s’y cassa les dents… et les États-Unis d’Amérique qui ne savent plus désormais comment se retirer de cet enfer.
Que va faire la France dans cette galère ? C’est le droit de tout à chacun de s’interroger. Mais filmer avec complaisance des veuves éplorées en train d’accuser Nicolas Sarkozy de meurtre est faire honte non seulement au mari mort en mission, mais à tous ses camarades engagés en Afghanistan et qui risquent eux aussi, à chaque instant, de croiser la camarde.
Dans leurs cercueils, enveloppés de drapeaux tricolores, ce n’étaient plus des citoyens-consommateurs, c’étaient leurs camarades…
De meilleur il n’y en avait pas
Dans la Paix et dans la Guerre
Ils allaient comme des frères
Marchant d’un même pas…

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