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Samedi, 10 Mai 2008
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Moi aussi, j’l’ai fait Mai 68 !
Philippe Randa
La Chronique
C’étaient mes années de Communale, celles où ma mère croyait encore que je finirai à Polytechnique ou pire encore… Quelle époque, n’est-ce pas !
À cette école communale du fin fond des Deux-Sèvres, je me rendais par le chemin des écoliers. Un vrai de vrai – comme chez Marcel Aymé – que tout le monde, d’ailleurs, appelait ainsi : je traversais un petit bois, coupais une départementale (deux fois), longeais une rivière, voyais des vaches à gauche et des lièvres à droite, au loin un clocher et en bruit de fond, parfois, le moteur d’une automobile.
Deux kilomètres à pieds. Je doute qu’il reste encore de nos joursbeaucoup de tel chemin à travers l’hexagone. Le mien, je le sais, n’a pas résisté à un impitoyable remembrement routier.
De souvenirs précis, autres que ceux de ma cour de récréation, il ne me revient que ce fameux jour « chaud » de Mai 68 où je fus tout de même obligé d’aller à l’école, malgré « ce qui se passait ». J’avais pourtant entendu que les lieux d’études étaient alors quelque peu perturbés. Par principe, pour ne pas suivre la « chenlit » hexagonale, mes parents tenaient à « marquer le coup » par ma personne interposée. Avec toutefois consigne d’un prompt retour à la maison si « la classe » n’était pas assurée. Mon instituteur a-t-il assuré ce jour-là ses cours ou ai-je passé la journée dans la cour de récréation avec quelques autres écoliers, eux aussi promis soldats de la contre-offensive réactionnaire, je n’en sais plus rien…
Évidemment, la passion politique dans l’enceinte de l’école communale de Sainte-Radégonde-des-Pommiers (c’est près de Thouars, mais tout le monde sait cela) avait bien peu de rapports avec celle du sixième arrondissement parisien. On n’y lançait point de pavés et les forces de l’ordre se résumaient en tout et pour tout à un brave garde-champêtre. « Non armé », comme tous ceux de son honorable profession.
Mais quoi, j’ai bel et bien participé aussi, à ma manière, à la grande « explosition » de Mai 68.
Ce n’est tout de même pas de ma faute si la capitale, une fois de plus, a monopolisé toute la gloire de l’événement.

Ce témoignage est paru dans le numéro 8 de la revue Synthèse nationale, revue politique et culturelle nationale et identitaire (mai/juin 2008).
Site : www.synthesenationale.com

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