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Vendredi, 18 Juillet 2008
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Le nerf de la guerre et le cœur du sport
Philippe Randa
La Chronique
Une tête bien vide dans un corps bien shooté… Tel semble être désormais la meilleure définition de certains cyclistes. Après chaque étape, ce n’est pas l’exploit réalisé qui retient l’attention, mais le nom du maladroit qui s’est fait pincer. À chaque jour son filou épinglé, cloué au pilori de la honte médiatique et vivement jeté hors de la compétition sous les opprobres, lui et parfois même toute son équipe. Un tel sort ne semble toutefois guère servir d’exemple ! Étonnant, non ?
Certes, le cyclisme n’est pas la seule discipline a souffrir de brebis galeuses depuis que le dopage s’est généralisé à la fin des années 50 du siècle dernier. Mais loin de s’estomper, malgré des contrôles de plus en plus nombreux, sévères et efficaces, les cas se multiplient, même parmi les plus grands champions. À tel point qu’on finit par se demander si la véritable motivation de la plupart d’entre eux est moins d’être les meilleurs dans la compétition que les plus aptes à se déjouer les tests anti-dopage.
De même, que penser d’un public qui, loin d’être dégoûté par ces douteuses pratiques et de se détourner d’un tel marigot, est de plus en plus nombreux à se passionner pour les retransmissions des épreuves sportives ? Le taux d’audience de celles-ci augmente d’année en année !
Veut-on d’ailleurs vraiment faire baisser, efficacement, les fraudes, à défaut de les éradiquer définitivement ? Pourquoi donc toujours autant, sinon davantage, de tricheurs – sinon dans l’intention, du moins dans les faits – malgré un tel nombre d’entre eux découverts et aussitôt sanctionnés ? Les sportifs sont-ils vraiment tous aussi stupides que certains leur en prête la vilaine réputation ? Non , bien sûr… Alors, qu’est-ce qui peut motiver ces athlètes pour risquer ainsi, outre les séquelles physiques inévitables pour leur vie future –voire même leur vie tout court en absorbant des saloperies chimiques aux effets toujours imprévisibles sur l’organisme – un bannissement honteux ?
L’argent, bien sûr !
Ne serait-il pas judicieux alors de s’attaquer plutôt aux véritables responsables, ces individus qui ont transformés des épreuves sportives en de considérables enjeux financiers, plutôt qu’aux sportifs eux-mêmes, misérables et bien faciles boucs émissaires, voir même uniquement qu’à certains médecins peu scrupuleux ?
La devise de Pierre de Coubertin « l’important, c’est de participer » n’est même pas devenue « l’important, c’est de gagner », mais « l’important, c’est de s’enrichir »… Non pas en se hissant par une juste récompense des efforts sur les premières marches des podiums, mais en suscitant toujours plus de fausses indignations, de vacarme sulfureux, de chahut contrôlé, de désordre organisé, bref de fabriquer par tous les moyens un « événementiel » au fumet nauséabond auquel nul citoyen ne peut complètement échapper… Ce qui s’avèrent être, depuis toujours, le meilleur moyen de « booster l’audimat » et d’augmenter les recettes publicitaires.
Si l’argent est le nerf de la guerre, il est bel et bien devenu également, à l’évidence, le cœur du sport.

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