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Jeudi, 15 Octobre 2009
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Une âme bien née, ça ose tout !
Philippe Randa
La Chronique
La candidature du fils cadet de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’Epad, la structure qui gère le quartier d’affaires de la Défense, a d’abord été accueilli par un énorme éclat de rire général. Puis par la consternation, la gêne ou la colère. Le foutage de gueule a effectivement de quoi laisser pantois plus d’un observateur. À 23 ans, sans l’ombre d’un début de compétence pour occuper ce poste, on ne peut guère que citer Corneille – « Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années » – pour justifier une telle prétention… ou Michel Audiard qui assurait que les cons, ça ose tout et que c’est même à ça qu’on les reconnait.
À moins bien évidemment que ce poste ne jusitfie aucun compétence particulière – Patrick Devedjian, actuel titulaire, appréciera – et qu’il n’ait d’autres raisons que de « passer à la caisse » ! Rappelons que l’Epad a actuellement un budget de 115 millions d’euros et que la vente des nouvelles tours lui permettra d’atteindre le chiffre d’affaires d’1 milliard d’euros. Alors « Jeannot, fils de… » ou un autre, quelle importance ?
Toutefois, c’est à de telles énormités qu’on différencie une république parlementaire d’une république bananière.
Dans la première, certains élus favorisent facilement leurs proches, qu’ils soient de leur famille, de leurs amis ou de leurs obligés. Qui pourrait affirmer que le pistonnage familial est une première sarkoziste ? Mais dans une république parlementaire traditionnelle, le pistonnage se veut discret, du moins le plus discret possible et on prend toujours grand soin de l’enrober dans quelque papier de soie afin d’en masquer l’odeur. On en cache tant que faire se peut les apparences. Hypocritement ou parce que trop de politiciens sont eux-mêmes trop mal placés pour s’indigner ouvertement, cela permet souvent de faire passer la pilule sans trop de vagues.
Dans les républiques bananières d’Afrique, de telles précautions sont superflues. Le pouvoir y est généralement d’ordre tribal et de telles manières font parties des traditions. Par la force de l’habitude, elles ne choquent guère plus que cela. Nicolas Sarkozy aurait sans conteste fait un excellent potentat africain.
Mais, c’est souvent le constat le plus amer qu’ont a faire ceux qui réussissent : devoir moins leur succès à leur compétence qu’à l’incompétence de leurs adversaires.
Ainsi en est-il de l’actuel quinquennat de Nicolas Sarkozy. Fort de son seul, mais incontestable talent de bonimenteur – ou « communicateur », si on préfère –, aidé par les rancœurs et divisions de ses oppositions de droite comme de gauche, on ne voyait guère, jusqu’alors, qui allait pouvoir l’inquiéter, lui et sa majorité.
Qui ? Lui, peut-être bien et tout simplement. Le plus grand piège dans lequel puisse tomber un dirigeant, c’est de croire que « c’est arrivé », alors que l’histoire a montré qu’elle était particulièrement espiègle avec ceux qui entendent lui dicter trop ouvertement leurs caprices.

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