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Vendredi, 11 Juin 2010
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Une Madame Rien de la politique, mais pas sans rien de la République
Philippe Randa
La Chronique
Qu’est-ce que la postérité retiendra de madame Boutin ? Pas grand chose, ce serait déjà le lot de beaucoup. Mais d’elle, sans doute rien. À l’image de toute son action politique.
Elle tint la parole durant 5 heures et 25 minutes d’affilée à l’Assemblée nationale pour dénoncer le projet de loi instituant le Pacte civil de solidarité (PACS). Un marathon parlementaire où elle alla jusqu’à dégouliner de larmes pour exhorter ses collègues à ne pas laisser s’unir les mâles entre eux et les femelles itou. Et ce, au nom de Dieu qu’elle exhorta à lui venir en aide. De méchéantes langues affirment que même lui, elle réussit à l’endormir. La preuve, il n’y eût pas de miracle. Rien n’y fit.
Forte néanmoins d’une soudaine notoriété nationale, elle crût bon de se présenter à l’élection présidentielle en 2002. Pour rien non plus, puisqu’elle s’y vautra en avant-dernière place, pas même celle d’honneur.
Consciente de son poids politique, elle jugera plus prudent de s’abstenir de concourrir à nouveau cinq ans plus tard et soutiendra dès le premier tour Nicolas Sarkozy. Pas pour rien — une fois n’est pas coutume – puisqu’il la récompensera en la nommant le 17 mai 2007 ministre du Logement et de la Ville.
Pour rien ? À l’évidence… Sa loi pour le droit au logement opposable fit vibrer quelques jours les médias. On ne lui en demandait pas plus. Force est de constater qu’il est toujours aussi difficile pour certains de trouver à se loger, du moins dans certaines métropoles, que les SDF sont toujours aussi nombreux… et que sa grande rivale Fadela Amara est toujours au gouvernement, alors qu’elle en a été remerciée en juin de l’année dernière pour non-utilitée évidente.
Mauvaise licenciée, elle refusera la traditionnelle passation de pouvoirs avec son successeur et décochera des méchancetés à l’encontre du Premier ministre François Fillon et quelques autres collègues ministres. Pour rien, encore une fois.
Quelle mouche a donc bien pu piquer Nicolas Sarkozy de confier à cette “rien de la politique” une mission sur “les conséquences sociales de la mondialisation” en décembre dernier ? À moins de juger qu’une telle mission ne servant, évidemment, à rien, Madame Boutin était toute indiquée pour la remplir.
Mal lui en pris : cette nomination déjà vieille de six bons mois, vient de mettre à mal quelques jours durant la crédibilité morale du monde politique ou pour le moins ce qu’il peut bien en rester.
La rémunération de 9 500 euros venant s’ajouter à son indemnité de conseillère générale des Yvelines et à sa retraite de députée, c’est quelques 17 500 euros par mois qui lui permettait d’arrondir ses fins de mois.
Le tollé de cette révélation l’a poussée hier à mener désormais cette mission “de façon gracieuse”, selon ses propres termes.
Pour ne pas passer pour la Madame Sans-Gêne de la République française, Christine Boutin, déjà madame Rien de la politique, préfère donc devenir officiellement sa Madame Sans-Rien. Enfin, presque sans rien.

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