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Vendredi, 19 Septembre 2008
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Quand le populo fait brailler le bobo
Philippe Randa
La Chronique
On sait bien que si l’argent ne fait pas le bonheur, il vaut tout de même mieux pleurer dans une Rolls que dans le métro. En revanche, Paris ne fait pas obligatoirement le bon goût, même en posant ses valises en son cœur historique plutôt que dans ses faubourgs d’immigration.
L’affaire fait grand bruit dans le landerneau bourgeois-bohème : la « StarAc », l’émission culte des moins de 6,5 de QI, qui enregistrait jusqu’alors ses braillements loin, bien loin, au château de Dammarie-les-Lys, au fin fond de la Seine-et-Marne, a eu l’outrecuidance de s’installer cette saison dans le IIIe arrondissement parisien. Certes, dans une rue au nom prédisposé : Charlot !… Comme quoi, il n’y a décidément pas de hasard.
De hasard, non, mais des choses qui ne se font pas, oui !
Dans le Marais, qui, pour certains, est un haut lieu « friqué et décontracté, jeune et cultivé, qui a surgi en l’espace d’une quinzaine d’années à la place du Marais des artisans, tranquille et vétuste » (dixit Libération de ce jour), et pour d’autres un « ghetto à cons (de) trentenaires friqués gravitant dans le show-biz, l’audiovisuel ou la pub ; investisseurs, restaurateurs et commerçants attirés par la riche clientèle locale ; envieux attirés par cet étalage », lit-on toujours dans le même quotidien.
« Dans ce contexte de connerie, il devient logique que la StarAc vienne également s’installer », commente, impitoyable, un indigène local.
Logique, légal, mais cette « invasion de populo » est par trop insupportable aux gardes rouges d’un système de caste qui n’a rien à envier, finalement, à celui de l’Inde traditionnelle.
Caste : « Vient du portugais casta, ou catégorie pure, non mélangée (allusion à l’étanchéité des castes entre elles), qui fut introduit en Inde au XVIe siècle). »
Et pour défendre leur Monde à eux, ses chaissières d’un si douteux Nouvel Ordre social n’ont pas manqué de ruer dans les brancards lors d’une réunion des parties belligérantes, organisée au début du mois : « Ça a été une curée générale, on sentait une vraie détestation de cette émission chez les gens présents. C’était excessif », rapporte Franck Madlener, directeur de l’Ircam (Institut de recherche acoustique musique) et résident du n°8 de la rue.
Craintes exprimées sur le déferlement possible de « jeunes boutonneux » dans le quartier, cris d’angoisse quant aux futurs embouteillages… À l’évidence, c’est un fléau annoncé à côtés duquel les récents typhons « Gustav », « Ike » et autres tempêtes tropicales ne sont vraiment pas grand chose.
Quoiqu’il en soit, le choix de la société Endemol n’est finalement pas si mauvais que cela : tout le raffut provoqué par leur emménagement parisien a assuré une formidable publicité gratuite à une émission dont, paraît-il, l’audience « s’effritait doucement, inexorablement »… et elle a ainsi prouvé que la StarAc n’est pas si inutile que cela en ayant conduit le si grotesque Boboland à la limite de l’apoplexie.

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