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Vendredi, 15 Février 2008
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La dépression française et ses causes
Nicolas Bonnal
La Chronique
Il y a dix ans je tempêtais contre l’exception
française. Mais, aujourd’hui, la donne est différente :
la France n’est plus irritante, elle est déprimante et
et elle est surtout déprimée, presque honteuse.
Les chiffres désastreux du déficit commercial, comme
nos déficits budgétaires, comme le cynisme ambiant
(d’après Libération, on échange des services sexuels
pour se loger dans un Paris devenu trop cher pour
beaucoup) alimentent une profonde déprime française,
dont on ne sait si nous sortirons. La France est
devenue cool et désabusée, muée en une caricature des
romans de Boris Vian : un peuple de petits-bourgeois
décadents, des bobos justement, en plus ou moins bonne
santé, et qui évoluent sans énergie dans un univers
immobilier toujours plus étroit (je recommande à ce
propos la relecture de L’Ecume des jours).
Aujourd’hui nous apprenons par Jacques Marseille et
Yves Calvi que les jeunes Français sont les plus
pessimistes du monde. Qu’il s’agisse de leur futur
économique ou de leur situation psychologique, qu’il
s’agisse du sens de la vie ou de leur pays, les jeunes
Français se sentent désespérés. De plus en plus de
Français consomment de psychotropes et le pays de
Descartes et des Lumières est devenu celui du docteur
Knock ou de Woody Allen. On nous disait cela dans les
années 90, que nous consommions six fois plus de
psychotropes que la moyenne des Européens, et nous y
croyions plus ou moins. Maintenant nous sommes obligés
d’y croire, vu que nous n’avons pas plus de recours
politique. La liquidation du Front national,
même de l’extrême gauche comme
contrepoids politique a sans doute accéléré le
processus de décomposition psychologique du pays. Il
n’y a d’ailleurs plus de gauche ni de droite au sens
réel du terme. Ni de Premier ministre ni de Président.
Je voudrais maintenant examiner les causes de cette
dépression, et j’en vois deux principales.
Tocqueville disait que la France était une nation
abstraite et littéraire, bref prédisposée à un spleen
littéraire.Tout notre XIXe siècle, de
Chateaubriand à Huysmans en passant par Baudelaire et
les poètes maudits, est profondément déprimé, et cela
même avant la défaite de 1870, qui marque notre
disparition de grande puissance.
Mais notre spleen actuel a une autre raison liée à
l’état de notre culture sociale.
Depuis trente ans, les Français sont de plus en plus
entretenus et assistés par l’État. Cela entraîne des
comportements de paresse, puisque, si le travail est de
moins en moins récompensé dans notre société, la
paresse et le alisser-aller le sont de plus en plus.
Or, il ne faut pas croire que cela ne se paie pas, du
point de vue psychologique. Je m’explique.
Au Moyen Âge, un mal étrange frappait les moines, en
particulier l’après-midi : il s’agit de l’acédie,
forme aiguë de dépression qui frappe les plus oisifs
sur le plan manuel. Un des sept péchés capitaux est la
paresse, et c’est elle qui nourrit bien sûr la
dépression française et ses déficits financiers. Le
Français est devenu ce que Léon Bloy nommait un
mendiant ingrat : non seulement sa paresse le déprime,
mais, en plus, il en veut au système qui le nourrit, et
bien sûr, il se culpabilise et s’en veut à lui-même.
Dans un très brillant livre intitué Faites-vous même
votre malheur
, Paul Watzlawick s’amusait de voir
combien aujourd’hui nous dépendons de gens qui
professionnellement vivent de notre malheur : les
assistants sociaux, inspecteurs du travail, policiers
de la pensée et professeurs, psychologues,
psychiatres, médecins, pharmaciens, journalistes qui
ont vampirisé la France depuis la crise de 1973 et
veulent effectivement notre malheur, puisque leur
survie en dépend. Et je ne parle pas des politiques
qui par l’assistanat social social ont transformé la
France en kindergarten géant. Il y a un million de
politiques qui touchent de l’argent pour exercer leur
étrange métier.
On en revient toujours à la même option : inciter les
gens à travailler et à bouger plutôt qu’à attendre
l’obole et à déprimer. Mais cela suppose une vraie
révolution, pas des « réformes ». Parfois je me dis
que cette révolution aura lieu.

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