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Vendredi, 4 Avril 2008
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La dignité des diaboliques
Philippe Randa
La Chronique
Il y a eu les disparitions de ces jeunes filles qui avaient alors suscités plus ou moins d’intérêts policiers… Puis, l’arrestation du couple diabolique, les aveux de Monique Olivier, les mois de procédure judiciaire, de révélations distillées au gré de l’humeur de Michel Fourniret et enfin l’exhumation des cadavres…
Et depuis une semaine, il y a le procès. Sans qu’on voit très bien à quoi il va servir, ni qui il peut satisfaire. Comme tous les procès dont la culpabilité des accusés ne fait aucun doute et dont le verdict, depuis l’abolition de la peine de mort, est virtuellement prononcé à l’avance : la condamnation à la réclusion à perpétuité.
À quoi bon tout ce remue-ménage judiciaire, ce tohu-bohu médiatique, cette confrontation de parents brisés avec un couple de monstres au châtiment programmé ?
Tour à tour, un père, une mère ou un autre parent vient apostropher Michel Fourniret pour lui dire son mépris, sa douleur ou sa haine… Autrefois, la foule jetait sur le voleur, violeur ou assassin cloué au pilori des déjections de toutes sortes et ce serait toujours le cas si on continuait d’organiser de telles animations en place publique. Mais, de nos jours, elles se jouent à l’intérieur de Palais de Justice et les journalistes répercutent ensuite à l’extérieur les moindres faits et gestes, soupirs, exclamations ou grimaces des uns et des autres…, mais pour que l’audimat fasse « un max », rien ne vaut encore le spectacle filmé, la mise en scène réglée au cordeau, d’une mère en pleurs ou d’un père au visage défait, la voix sanglotante, expliquer, tenter d’expliquer, s’acharnant à tenter d’expliquer… rien, finalement, car on n’explique jamais l’innommable.
Que peut-on bien encore vouloir connaître de Michel Fourniret ? Obsédé par les jeunes vierges, il a assumé ses fantasmes et tué ensuite ses proies pour ne pas être arrêté… Un concours de circonstances exceptionnel lui a permis durant une quinzaine d’années de violer et de tuer sans être inquiété. Tout est connu, avoué, vérifié… Pourquoi dissimulerait-il une victime oubliée par l’enquête ? Comment – et pourquoi – justifierait-il l’un de ses actes ?
Alors, qu’il se taise au milieu de toute cette grotesque comédie judiciaire, reste finalement la seule attitude digne de toute son existence.
C’est justement celle qu’on lui reproche, tandis qu’à sa complice Monique Olivier, on reproche cette déclaration sensée et la seule digne, également, qu’elle puisse faire : « J’ai agi de façon horrible, y a pas de mot pour qualifier ça… l’horreur… J’aimerais demander le pardon, mais je sais qu’il ne me sera pas accordé car je ne le mérite pas. À la place des parents, je ferais pareil. »
Le couple diabolique Fourniret-Olivier a pris les jeunes vies et salit les corps de leurs victimes, soit… mais ce procès, dégoulinant d’inutilité judiciaire et de cynisme médiatique sur fond de « révélations » scabreuses – Monique Olivier aurait été obligé de « “mettre en condition” son mari en panne sexuelle par une fellation pour l’aider à déflorer l’adolescente vierge » (Libération du jeudi 3 avril 2008) – salit, lui, la mémoire de ces mêmes victimes.
Rien ne leur aura été épargné.

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