C’est nouveau, donc c’est vendeur et les journalistes ne s’y trompent pas : leurs doigts ne tapotent plus que cela sur le clavier de leurs ordinateurs : le « panier de la ménagère » serait devenu brutalement hors de prix et le coût du saucisson ou du kilos de carottes sert désormais de mètre-étalon au calcul de nos misères quotidiennes.
Jean Viard, directeur de recherche CNRS au Cevipof(1) l’écrit fort justement : «
Nous avons tous le sentiment que les prix ne cessent d’augmenter depuis le passage à l’euro. Et pourtant les chiffres de l’Insee ne le confirment pas. Alors ? Mensonge, erreur, changement de mode de vie ? Telles sont les questions que je me suis posées en observant une journée de consommation d’un Français ordinaire, du “petit noir” du matin (+ 44,7%) au sandwich jambon-beurre de midi (+ 53%) et au loyer (+ 30%). Mais il est vrai que si j’achète un ordinateur portable, c’est - 57%, ou un écran plat, c’est - 86,7% ! »
Et de conclure : «
Autrement dit encore, ce n’est pas d’abord l’euro qui change les prix, c’est le commerce mondial qui fait baisser ce qui vient de loin et augmenter ce qui est produit en France. Et si nous sommes si sensibles à ce phénomène, c’est que les revenus, eux, sont quasiment stables : fini le temps des hausses régulières de salaires. »
Comme Jean Viard et contrairement aux affirmations péremptoires du gouvernement, le citoyen lambda est désormais conscient de cette évidence : faire son marché sans compter est, de plus en plus, un luxe pour beaucoup.
Nicolas Sarkozy avait fait du pouvoir d’achat un de ses chevaux de bataille électorale. On n’allait pas le rater au premier tournant électoral de son quinquennat.
Aussi, à l’approche des élections municipales, un matraquage médiatique d’une rare ampleur, tout d’arrière-pensées politiques, a été orchestré trois mois durant pour amplifier exagérement l’incontestable réalitée de l’augmentation du coût de la vie.
Bien joué, le coup recherché au but électoral a été marqué : l’UMP a subi une cuisante défaite électorale. Ce n’est pas sur les bilans des maires de droite – et encore moins sur le blabla électoral de leurs challengers de gauche – que l’élection s’est jouée, mais sur le rêve cloué au pilori d’électeurs sarkozystes, désabusés par les résultats des premiers mois de sa présidence.
Ceux que le candidat bling-bling avait fait rêver le temps d’une campagne présidentielle lui ont sévèrement tourné le dos et l’absentation a ainsi atteint un record historique depuis un demi-siècle.
Au-delà de ces résultats électoraux qui ne changeront guère la vie quotidienne à venir des citoyens, il n’en reste pas moins la persistance de la sinistrose. Va-t-elle être savamment entretenue, échappera-t-elle à ses instigateurs ou disparaîtra-elle avec l’arrivée du printemps ?
Qui consommera verra…
Note(1) « Vie chère pour petits budgets »
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=626