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Mardi, 23 Février 2010
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Ali était mince, était beau, il sentait bon la condamnation
Philippe Randa
La Chronique
Quelques-uns crient au racisme, comme Martine Aubry. Et même à l’anti-jeunisme. Pourquoi pas ! D’autres dénoncent simplement, mais tout aussi hargneusement, une “campagne de caniveau”. Ali Soumaré, candidat PS dans le Val-d’Oise, “fait débat”.
Que reproche-ton exactement à l’intéressé, justifiant qu’il soit accusé par ses adversaires de l’UMP, à tort ou à raison, de “délinquant multirécidiviste chevronné” ?
D’abord, deux affaires – dont une condamnation remontant à 1999 pour vol aggravé – qui n’ont plus le droit d’être évoquée publiquement, d’après son avocat Me Mignard. Il y aurait prescription. Certes, comme le défend Benoît Hamon, porte-parole du parti à la rose qui a choisi monsieur Soumaré comme candidat : « Il reconnaît que, quand il avait 18 ans, il a fait de grosses bêtises pour lesquelles il a été condamné. Il a exécuté sa peine. »
“Vol aggravé”, ce n’est pas “mort d’homme”, et pour des erreurs de jeunesse, on peut se montrer indulgent. Soit, le passé est donc le passé. Parlons alors du présent. L’année dernière, par exemple : Monsieur Soumaré était un peu moins jeune lors de sa dernière condamnation, en octobre 2009, pour des faits de rébellion à agents de la force publique. Pour un futur élu de la Nation, ça la fiche mal, avouez… D’autant que “compte tenu des condamnations déjà prononcées à son encontre”, cela lui aurait valu deux mois de prison ferme. C’est que la Justice, comme ses adversaires politiques, ça n’oublie rien. Pas même, beaucoup plus récemment encore, “une ordonnance pénale du 16 février 2010”, qui n’aurait, elle non plus, pas été signifié à l’intéressé, bien que “trois personnes so(ie)nt au courant (…) le greffier, le juge et le procureur”, renchérit Benoit Hamon qui stigmatise le “robinet” qui “alimente directement – des services de police ou du parquet – l’UMP.”
À moins que ces éléments soient simplement à la disposition de tout chercheur “au greffe du tribunal” de Pontoise où “tout est totalement public”, ou, encore plus simplement, “sur Internet”, comme l’indique pour sa part Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP. Selon lui, “c’est ce qu’ont fait les élus, et ils ont trouvé un certain nombre de documents très précis.”
Quoiqu’il en soit, le plus affligeant dans toute cette affaire est sans doute moins la moralité d’Ali Soumaré(1) – que tout électeur du Val d’Oise jugera digne ou non de son vote – que la volonté de ses défenseurs d’estimer indécent qu’elle soit stigmatisée.
Quand on demande leur confiance aux électeurs pour gérer (entre autres) leurs contributions directes et indirectes, le moins que ces derniers puissent exiger, est tout de même de savoir à qui ils ont affaire.
Alors, qu’on “met[te] en cause sa probité, son passé”, comme le déplore monsieur Hamon, n’est vraiment pas scandaleux. Mais dangereux, oui : imaginez que les Français se mettent désormais à “scanner” la moralité ou le passé judiciaire des professionnels de la politique ?

Note
(1) Parmi toutes les accusations portées contre Ali Soumaré, il semblerait toutefois que l’une d’elle soit un problème d'homonymie selon la procureure de la République de Pontoise, Marie-Thérèse de Givry.

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