Sarkozy l'a annoncé, alors qu'il ne l'avait jamais évoqué auparavant : il va supprimer la publicité sur France Télévisions. Le choix du prince, donc, validé par aucune élection. Lui qui se gargarise tant des décisions dont il avait prévenu les Français lors de la campagne, en voici une qui a surpris tout le monde.
Tout le monde ? Pas sûr... Les chaînes privées, au premier rang desquelles TF1 (aussi surnommée mesquinement TS1 pour Télé Sarkozy 1er), étaient sans doute mises au parfum depuis bien longtemps, car cette décision les favorise outrageusement. En effet, la première conséquence de l'arrêt de la publicité sur France Télévisions est de transférer les sommes astronomiques de l'investissement publicitaire du service public vers le service privé. Et la petite taxette qu'annonce Sarkozy ne sera jamais à la même hauteur que ce gain énorme pour la télé privée en France.
Dès lors, nombre de questions se posent.
Et d'une, pourquoi appliquer cette décision uniquement à la télé, et pas à la radio ? Radio France c'est aussi un média de service public, donc il n'y a pas de raison de faire un deux poids deux mesures.
Et de deux, qu'est-ce qui va réellement compenser cet arrêt de la publicité, qui concourrait pour 50% (50%!) environ des recettes de la télé publique ? Ont été évoquées par le chef de l'Etat deux taxes : une taxe sur les recettes publicitaires accrue des chaînes privées, et une taxe infinitésimale sur le chiffre d'affaires de nouveaux moyens de communication, comme l'accès à internet ou la téléphonie mobile.
La redevance n'augmentera donc pas a priori, mais les surprises ne manquent pas dans le domaine comme on vient de le constater.
Et de trois, Patrick de Carolis a-t-il encore quelque légitimité à la tête du groupe ? Lui qui n'avait cessé de demander toujours plus de publicité, et d'annoncer chaque rallonge publicitaire (dans les émissions de flux notamment) comme une victoire, que trouve-t-il à répondre ce matin ?
« Depuis ma prise de fonctions, en août 2005, nous avons souhaité mener une nouvelle politique éditoriale, mettant fortement l’accent sur la culture et la création (…) et fondée sur le mariage entre la qualité et l’audience (…) A plusieurs reprises, depuis deux ans, j’ai demandé à notre actionnaire une clarification de notre mode de financement (…) Cette clarification est aujourd’hui faite. Elle valide notre stratégie éditoriale. Elle va permettre de renforcer encore l’identité du service public ». Le ridicule ne tue pas, en voici une nouvelle preuve.
Et de quatre, l'audience va-t-elle rester une priorité du groupe France Télévisions ?
En effet, ce qui permet de justifier une course à l'audience, c'est d'abord et avant tout le modèle publicitaire. Verra-t-on plus d'audace dans les choix de reportages, plus de différences entre le JT de 20h de TF1 et celui de France 2, plus d'enquêtes sur les entreprises et les médias ?
Autant de questions que pose sans le vouloir la 1ère émission en ligne d'Arrêt sur images, à laquelle je vous renvoie (si vous êtes abonné, sinon abonnez-vous). Le sujet en est les deux reportages consécutifs de France 3 sur le camembert et le lait cru, avec des enquêtes mettant en cause le géant Lactalis comme nous en parlions.
Et bien lors de cette émission, on a bien vu ce que la suppression de la publicité permettrait en théorie, à savoir une plus grande liberté de ton et d'enquête sur les pouvoirs économiques, ces pouvoirs étant devenus les premiers censeurs selon les personnes présentes sur le "plateau" de la nouvelle émission. Et Elisabeth Lévy, l'une d'entre elles, de se fendre d'un prémonitoire "Il faudrait supprimer la publicité sur le service public, et quadrupler la redevance."
On voit bien que les sommes rapportées par la publicité à France Télévisions étaient énormes, et qu'il va falloir trouver autre chose que les mesurettes annoncées pour espérer compenser. A moins qu'il y ait autre chose au programme, mais qu'on ne l'apprenne que plus tard, ce qui ne serait pas la première fois avec Sarkozy.
En tout cas nous sommes à un tournant pour la télévision publique, et moi qui expliquais dans mon livre qu'il convenait d'en baisser les recettes publicitaires, je m'en réjouis pour l'instant, mais reste vigilant sur la suite des événements car rien ne dit qu'un mal disparaisse forcément pour un bien. Ce qui pourrait paraître inquiétant, c'est qu'on passe brutalement d'un extrême à l'autre, et moi les extrêmes, je n'en suis pas plus friand que cela.
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