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L’affaire Siné vue de droite
| Nicolas Bonnal | La Tribune libre
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J’ai suivi sur le web de Marianne l’affaire Siné, à l’autre bout du monde. J’ai toujours lu Charlie-Hebdo en France, même lorsque j’ai viré à droite, et parce que je suis resté un vieux libertaire et que l’insolence des dessins, leur mauvais goût et parfois leur génie me plaisait. J’ai décidé de défendre Siné après avoir pris connaissance des faits et surtout parce que ses ennemis me plaisent moins que lui. Après tout on aime le système, ou on ne l’aime pas, et ceux qui lui résistent sont de moins en moins nombreux. Et comme disait l’autre, on choisit ses ennemis, on ne choisit pas ses amis. J’ai écrit pendant quinze ans pour Serge de Beketch, mort voici un an, dont je ne me remets pas de la mort (la liberté d’expression aussi ne s’en remettra pas). Lui incarnait aussi le refus du système, le mauvais goût, l’agressivité, et le courage : il avait été poursuivi quarante fois pour crimes contres tous les « …ismes » qui achèvent de priver l’Occidental de toutes ses libertés après l’avoir privé, comme je l’ai montré dans mes écrits depuis un an, de toutes ses richesses. Serge avait travaillé d’abord à Pilote en compagnie de plusieurs des membres de Charlie, comme Gébé. Que reproche-t-on à Siné ? Le poncif de son antisémitisme de gauche, au motif qu’il a écrit que le fils Sarkozy allait se convertir à la religion de la fille Darty. On l’a démenti depuis, arguant que ce serait une invention de la presse people, qui est justement la seule qui fasse son métier. Mais qui croire ? Le Figaro des oligarques, le Libération du fils Rothschild et du fils Joffrin, qui voulait déjà boycotter Yahoo (cherchez de ce côté… il y a décidément beaucoup de fils à papa dans cette histoire) ou le vieux libertaire dont le livre sur les chats avait été préfacé par Umberto Eco en personne au temps de sa splendeur ? Et alors, si c’était vrai, ce serait tout de même un peu grave. Il y avait la loi du plus fort, il y a la loi du plus riche qui maintenant se drape dans ses « …ismes » en menaçant les récalcitrants de tous les âges, de toutes les cages aux phobes possibles (mais qu’ils relisent donc, ces idiots le livre de Jacques Attali sur les juifs et l’argent avant de reprocher à Siné de faire un lien…). Pendant des années il était avéré que Charlie Hebdo pouvait déverser sa haine sur les flics, les militaires, les curés, les rabbins et même les imams. Là, sans doute par peur des représailles élyséennes, Philippe Val a baissé la culotte et s’est mis au garde à vous, lui qui a fait de Charlie une feuille paroissiale, comme disait l’autre regretté Philippe Muray. Val s’est comporté comme un néocon en adorant toutes les déités du moment et comme tous les néocons de France, d’Amérique ou de Navarre, il s’est paré des oripeaux de la rébellion. Un vrai fils à papa lui aussi. Un article du New York Times, journal crépusculaire de plus en plus intéressant, rappelait récemment que toute la génération des universitaires soixante-huitards allait partir à la retraite (si on la lui paie) et qu’elle ne serait pas remplacée. On aura à la place des générations de techno-beaufs formés en ligne par le web, Shrek ou Batman et incapables de créer un groupe de rock, un courant culturel ou de lire un classique. Dans le cas de Charlie hebdo, on voyait aussi ce vieillissement des libertaires devenus amers, qui apparaissaient de plus en plus comme les vieux cons qu’eux-mêmes dénonçaient il y a trente ou quarante ans. Mais cela ne retire rien à leur noblesse d’anciens combattants de libertés devenus inutiles. Je vois bien comme eux que les jeunes d’aujourd’hui n’aiment pas la liberté. Il y en a de deux sortes, ceux qui n’aiment que l’argent, et se convertissent (je rappellerai que Jésus s’en prend aux changeurs d’abord et avant tout), et ceux qui n’aiment rien. Eh bien, comme disait le professeur Choron, qu’ils crèvent. Et que les autres crèvent aussi. Et que les lobotomisés de tous pays s’unissent pour réélire un républicain à Washington ou à Paris. La liberté deviendra comme sous Staline ou Hitler un royaume intérieur. Le reste sera de la démocratie à prix Darty.
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