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Vendredi, 8 Août 2008
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La nouvelle classe politique et l’argent
Nicolas Bonnal
La Tribune libre
En 1989, Guy Debord conclut ainsi ses Commentaires tant commentés sur la Société du Spectacle.
Il faut conclure qu’une relève est imminente et inéluctable dans la caste cooptée qui gère la domination, et notamment dirige la protection de cette domination… Cette relève sélectionnera ceux qui y prendront part sur cette exigence principale : qu’ils sachent clairement de quels obstacles ils sont délivrés, et de quoi ils sont capables.
J’ignore à quels désastres alimentaires et élémentaires vont nous mener ceux qui nous dirigent. Je recommande à ce propos le livre de Daniel Nahon sur l’épuisement des sols, et qui annonce froidement de grandes famines pour le XXIème siècle, dans l’indifférence générale de la classe politique planétaire. Mais je voudrais au moins souligner les faits suivants.
On s’est étonné il y a un an du comportement de notre nouveau président : croisières et vacances de luxe, nouvelle femme héritière et top-model (mais le second mariage avait déjà eu pour témoins Martin Bouygues et Bernard Arnaud), en attendant un mariage à prix Darty de l’héritier, triplement du salaire présidentiel, décuplement du nombre de conseillers de la Satrapie élyséenne.
Mais tout cela n’est rien à côté de nos voisins : l’ancien chancelier allemand Schroeder, social-démocrate qui plus est, est devenu du jour au lendemain conseiller de l’entreprise la plus florissante d’Eurasie, Gasprom ; et il est chargé pour une rémunération de deux millions d’euros de conseiller les travaux de construction de l’oléoduc baltique. Dans le même temps la fille de Vladimir Poutine vient d’acheter pour la modique somme de 18 millions d’euros l’appartement du plus célèbre oligarque de la télévision française. Pourquoi se gêner ? On m´a parlé dans le cas de Poutine d’un patrimoine de trente milliards d’euros. Poutine s’est assis de la table du KGB à celle des oligarques, et ceux-ci lui ont prudemment laissé de la place, alors que le peuple russe a connu un déficit démographique post-soviétique de 20 millions d’hommes, de femmes et d’enfants.
Traversons la Manche : les Blair viennent de s’acheter une sixième mansion à six millions d’euros aux environs de Londres. On se souvient qu’ils s’étaient acheté un appartement de luxe dans Kensington, pour 4 millions de livres, il y a trois ans. Et qu’ils s’étaient fendus de 500 000 livres pour acheter un pied-à-terre pour les études de leurs enfants. La presse anglaise toujours prompte à s’enflammer sur des sujets aussi importants que le sexe était restée bien discrète sur le sujet. Cheryl Blair se fait payer 50 000 dollars la conférence, sans doute plus maintenant. Tony Blair a touché un million de dollars en Chine pour une conférence sur le management gouvernemental, alors qu’il a laissé son pays au bord de la faillite et Gordon Brown se confronter à l’impopularité de son gouvernement néo-travailliste (mais c’est à cela que servent les écossais, non ?). Gageons qu’il touchera d’autres millions.
Traversons l’Atlantique : les chiffres sont encore plus sérieux, en dépit d’un dollar en baisse et d’un pays en grave crise. Rudy Giuliani, ancien maire de New York, ancien candidat républicain à la présidence, a gagné cent millions de dollars en exploitant son image de la ville martyre du 11 septembre. Et le New York Times nous a récemment appris que les Clinton ont gagné 107 millions de dollars (pas un de moins) au cours des années 2000, à coups de conférences et de prestigieux dîners. Ils sont en voie d’être rattrapés par un autre démocrate, Barack Obama, qui n’a plus même besoin du financement politique public pour financer sa campagne.
J’ai bien sûr oublié de citer Silvio Berlusconi, qui avait au moins le mérite d’être déjà l’homme le plus riche d’Italie avant d’arriver au pouvoir… pour la troisième fois.
On comprend en tout cas une chose : la fusion totale du politique et du people, du politique et de l’argent. On se doute que les choses ne doivent pas aussi traîner en Chine, où le parti communiste encadre sagement la progression du pays. Et on rappellera l’expression du sociologue Zygmunt Bauman : cette société est liquide… Et la classe politique aime ça. Et ne s’en cache plus.

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