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Mercredi, 21 Juillet 2010
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Éloge permanent de l’Allemagne éternelle et multiraciale
Nicolas Bonnal
La Tribune libre
On compte toujours sur eux : les Allemands ne déçoivent jamais. Ils étaient les maîtres des guerres, des forêts, des poèmes et de la philosophie. Ils sont restés, en ces temps de la post-apocalypse, les maîtres de la bagnole et du football. On ne sera jamais, ou si rarement, déçu par une BMW, une Porsche, ou la National Mannschaft, l’équipe nationale allemande. D’ailleurs, regardez ce clip filmé par les Monty Python, au meilleur de leur forme : le match entre les philosophes grecs et allemands, peuples les plus méditatifs du monde.
Je dois commencer par cela : l’Allemagne est devenue multiraciale, rapidement et totalement, et c’est pour cela, non pas qu’elle gagne, mais qu’elle est devenue populaire, nous explique Le Monde ou Libération. On est bien d’accord : il y a deux Turcs, un tunisien, deux métis africains et un brésilien (depuis quand faisons-nous une différence avec nos frères chrétiens d’Amérique du Sud, d’ailleurs ?).
Cependant, au coup de sifflet final, lors de la raclée infligée à l’Argentine que j’aime tant, il n’y avait que des « indo-germaniques » sur le stade, slaves compris. On connaît le fameux Miroslav Klose, on connaît aussi Podolski. Et les autres…
Je souligne ce fait, mon épouse étant slave, mes écrivains préférés aussi, et mes livres étant traduits en russe ou en ukrainien. Et ce qu’il y a de bien, dans cette équipe allemande onirique, je dirais même novalisienne, c’est qu’elle refuse la division est-ouest et la séparation entre les germanophones et les autres. Car le drame historique de l’Europe est venu de Guillaume II, qui veut la guerre contre la Russie, et bien sûr d’Hitler, qui ne connaît rien, et n’a pas compris l’osmose naturelle entre des peuples de langue différente, et qui a eu lieu depuis des siècles en Europe, quand la Prusse même se polonise, ou que la Russie de la grande Catherine se peuple d’Allemands. Allemands de la Volga qu’Alexandre III, froissé par le pangermanisme pré-hitlérien du Kaiser, chasse de leurs plaines et envoie d’ailleurs en Argentine ou ailleurs.
« Nimitz », dit Eisenstein. Nimitz, c’est le nom qu’Alexandre Nevski, joué par le membre du soviet suprême Tcherkassov, donne aux teutoniques. Et Nimitz, comme me le dit mon épouse, c’est « celui qui ne parle pas La langue ».
Pour ce malheureux accident, Hitler a lancé l’opération Barbarossa. Pour ce malheureux accident, Guillaume II a célébré le pangermanisme. Pour ce malheureux accident, l’Allemagne américanisée s’est trop rapprochée de l’atlantisme et de l’Amérique nihiliste et océanienne (Obama est plus océanien que quoi que ce soit d’autre) et ne comprend encore pas que son génie doit la rapprocher de la Russie et du monde slave.
L’Allemagne aura retenu la leçon. On espère qu’elle ne sera pas emportée par le reste. Mais on se doute que les Allemands demeurent sérieux. Ils sont la dernière usine, la Chine finalement demeurant fort textile. Et c’est d’ailleurs pourquoi leurs immigrés, et leurs rejetons issus de l’immigration, sont plus sérieux que les nôtres. Ils n’insultent pas leur entraîneur, ils font des efforts sur le terrain, ils célèbrent leur drapeau. Surtout, s’ils ne sont pas bons, on les remplace. Contre l’Argentine, on a fini entre grands blancs (les teutons et les slaves) et petits blancs (mes argentins). Enfin, ils ne sont pas racistes entre eux : il n’y a pas de cabales entre Antillais, subsahariens ou autres (on ne voit d’ailleurs plus de maghrébins dans notre équipe, malgré Zidane ou mon cher Sabri Lamouchi, autre tunisien), ou pas encore. On ne joue pas aux enfants gâtés, on n’est pas en France.
J’imagine que l’Allemagne aurait pu étendre sa mission civilisatrice en Afrique ou ailleurs, alors que la France, à l’image de son équipe de foot, aura laissé derrière elle l’Algérie du FLN, le Cambodge de Pol Pot ou Haïti. L’anarchie verbale des Français aura ruiné notre pays, réputé jadis le plus riche du monde, et sans doute notre continent, et en attendant il aura ruiné bien des pays. L’effet oratoire aura eu ses ratés, n’est-il pas ?
À l’heure où j’écris ces lignes, j’ignore si l’Allemagne gagnera la coupe du monde : que ce soit elle ou l’Espagne impériale, peu m’importe. En hommage à la mission civilisatrice des Boers, interrompue par les prédateurs anglo-saxons de Cecil Rhodes, j’aimerais même que ce soit les Pays-Bas. Ce serait un curieux retour de bâton, quelques décennies après l’arrivée au pouvoir de Mandela. Mais tout de même, l’Allemagne éternelle, celle qui encouragerait le président Kruger…

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