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Euroflahs 36
| Jean-Claude Jézéquel | La Tribune libre
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PERTE D’AUTONOMIE ET MISE SOUS TUTELLE Il y a un mois, Bruxelles s’était arrogée le droit de resserrer encore la ceinture de la Grèce, c’est à dire de renforcer le plan de rigueur déjà mis en place. Les mesures prises en conséquence par Athènes devaient porter leurs fruits et produire leurs effets : grève générale, manifestations, exaspérations. Comme l’avait supputé Europe, Elargissement et Sociétés, celles-ci sont apparues insupportables pour une population déjà en proie à d’immenses difficultés. Victime des spéculateurs, de l’incurie des dirigeants, de la corruption, de l’économie souterraine et de l’évasion fiscale qui en résulte, Athènes ne pourra compter malgré tout que sur elle même. L’Allemagne n’aime pas les tricheurs et n’accepte pas le maquillage des comptes de sa collègue la Grèce (réponse de la fourmi à la cigale). On n’évoque que son humeur, mais les autres Etats membres ne sont guère mieux disposés qu’elle pour faire l’effort de solidarité qu’imposerait la situation. L’aide européenne vise à protéger une zone euro menacée par ses mauvais élèves qui s’ajoutent les uns aux autres en progressant en nombre : Portugal, Italie, Irlande, Espagne, déjà. L’Europe exerce sur Athènes une pression ferme. Sera-t-elle fatale ? La gestion de cette situation est un test de solidité de l’ensemble de la zone euro pour les investisseurs et une mise au défi des gouvernements européens de redresser leurs comptes. Ceux-ci peuvent-ils espérer en la croissance en réduisant davantage le pouvoir d’achat des populations ? Enfin, si la Grèce est le maillon le plus faible de la chaîne, celle-ci peut-elle craquer ?
LA CHAINE PEUT-ELLE CRAQUER ? La Grèce, l’Espagne, l’Irlande… Les maillons de la chaîne faiblissent et celle-ci est soumise à l’épreuve du feu : va-t-elle lâcher ? Les marchés se sont inquiétés des répercussions de la crise bancaire et économique sur les finances publiques. Les conditions d’emprunt se sont mis à diverger singulièrement : l’Etat allemand paie aujourd’hui un taux de 3 % sur ses obligations à 10 ans (Bund), quand la France doit acquitter 3,57 %, l’Espagne 4,23 %, l’Irlande 5,52 % et la Grèce 5,78 %. Par ailleurs, les agences de notations financières ont dégradé les notes de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal. Si les situations d’endettement divergent au sein de la zone euro, d’autres composants de la situation globale montrent de grandes disparités entre les pays membres de la zone euro. Ainsi, en 2009, le chômage, selon les chiffres officiels, s’établissait à 16,1 % en Espagne contre 4,1 % aux Pays-Bas, et les déficits publics atteignait 2,9 % du PIB en Allemagne contre 11 % en Irlande… L’euro, vendu aux opinions publiques comme un bouclier vis-à-vis de l’extérieur, assurera-t-il sa protection ? Va-t-il pouvoir se maintenir, même si sa perte de valeur favorisera dans un premier temps les exportations ? La question initiale que l’on a pu se poser lors de la mise en place de l’euro - soit « une union monétaire est-elle viable à terme sans une union politique et une structure d’aliénation de l’ensemble (un Etat : une monnaie) ? » - attend aujourd’hui sa réponse dans une conjoncture de crise majeure.
« LA SURPRISE BULGARE » Le projet de bouclier antimissile américain en Europe de l’Est continue de susciter l’opposition des Russes, et dernièrement la Bulgarie a dû s’expliquer après avoir déclaré sa volonté d’accueillir les intercepteurs de missiles sur son territoire. En réponse à ce que les Russes ont appelé « la surprise bulgare », le président bulgare Georgi Parvanov a déclaré le 20 février dernier qu’il n’y avait pas eu d’entretiens « officiels » entre la Bulgarie et les Etats-Unis pour accueillir le bouclier antimissile. Toutefois, dans le même temps, il a affirmé que son pays soutenait l’idée d’une Bulgarie faisant partie d’un bouclier antimissile de l’OTAN en Europe de l’Est pour parer le pays contre d’éventuelles attaques. Aussi, pour Andreï Nesterenko, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères « la situation n’est toujours pas claire quant aux déclarations controversées de la Bulgarie ». Alors que Washington insiste sur le fait que le bouclier vise à contenir des attaques possibles de l’Iran et de la Corée du Nord, un général russe a accusé les Etats-Unis, au début du mois de février dernier, de diriger le bouclier contre la Russie. La Bulgarie, comme la Roumanie, ayant exprimé le vœu d’accueillir les installations américaines, la Russie a renouvelé la menace de placer ses missiles Iskander sur l’enclave russe de Kaliningrad située entre la Pologne et la Lituanie. Alors que Barack Obama avait renoncé au plans de son prédécesseur visant à placer les bases antimissile en République tchèque et en Pologne, et de ce fait apaisé les autorités russes, les relations se tendent à nouveau entre celles-ci et Washington et les pressions russes sur la Bulgarie devraient s’intensifier dans les mois qui viennent. Les Russes n’aiment pas être surpris, a fortiori par leurs anciens « petits bras ».
NOUVELLE TRILATERALE : POLONISATION DE PRINTEMPS Ce printemps devrait voir fleurir une coopération plus intense de l’Allemagne et la France avec la Pologne. Alors que se rapprocher de la Pologne était déjà un objectif de la Chancelière, avant même la mise en place du nouveau gouvernement de coalition au pouvoir, à la fin de l’année dernière, ce dernier affiche sa volonté de pousser plus loin l’initiative. Il veut soigner son voisin aujourd’hui puissant. En effet, entré au sein de l’UE en 2004, il est actuellement la 7e économie de celle-ci. Dirigé depuis fin 2007 par un gouvernement de centre droit ouvert sur l’extérieur, les ponts entre l’Allemagne et la Pologne sont plus sûrs… Dans le contrat qui détermine l’orientation politique du gouvernement allemand, et ce pour la première fois dans l’histoire, la Pologne et la France sont les seuls pays à être mentionnés : « Nous voulons approfondir encore l’amitié et la collaboration avec la Pologne » stipule le contrat, « et utiliser intensément les possibilités du triangle de Weimar (…) pour l’Europe ». Comme préalable à cette nouvelle politique et pour dessiner ce nouveau contexte, s’est tenue le 1er février dernier une réunion de coopération trilatérale, dite du « triangle de Weimar »*, en attendant celle des ministres des affaires étrangères prévue en avril. Il revient cette fois aux trois secrétaires d’Etat aux Affaires européennes (Pierre Lellouche, Werner Hoyer et Mikolaj Dowgielewicz) d’élaborer des positions communes sur la défense et la sécurité énergétique. L’initiative allemande a suscité à Paris de l’inquiétude, et Berlin a chercher à rassurer : « Le rapprochement avec la Pologne, auquel la France est associée, ne relative en rien le couple franco-allemand, qui reste unique », a souligné Werner Hoyer. Reste qu’un ménage à trois… Est-ce que celui-ci sera un nouveau moteur pour l’Europe ? Cette nouvelle coopération sera-t-elle gênée par les « restes d’états d’âme » des deux principaux partenaires ? Côté polonais, on garde la mémoire vive du martyre infligé par l’Allemagne et par l’Union soviétique, même si le mea culpa allemand actuel est apprécié. Que reste-t-il du souvenir des positions divergentes sur la guerre américaine en Irak de 2003 ? D’autres points agacent toujours la Pologne : le projet de gazoduc germano-russe Nord Stream et les revendications germaniques pour honorer les Allemands expulsés de Pologne après 1945. Certes, les temps changent et les alliances objectives aussi : le président américain, en renonçant à l’installation des radars anti-missiles en Pologne, a blessé les Polonais qui se sont montrés hier plus « proaméricains » que « pro-Européens ». Il les a amené à revoir leurs vues sur les questions de défense, pour devenir maintenant favorables à la constitution d’un état-major européen ! Alors ?
* baptisé ainsi depuis une première réunion historique tenue à Weimar en 1991 et visant un premier rapprochement.
E-COMMERCE EUROPEEN Les ventes sur Internet ont atteint 143,7 Mds d’euros (4,7 % des ventes de détail) en 2009, en hausse de 22 %. Elles progresseraient encore de 20 % en 2010, selon une étude réalisée sur douze pays pour le comparateur en ligne Kelkoo.
LA PRODUCTION INTELLECTUELLE EST PLUS GRANDE EN EUROPE Selon les chiffres de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (Cisac), qui regroupe 222 sociétés d’auteurs, les perceptions mondiales au titre du droit d’auteur ont atteint 7,035 Mds d’euros en 2008. C’est l’Europe qui arrive en tête avec 4,51 Mds d’euros, soit 64 % des droits perçus, devant l’Amérique du Nord (1,35 Mds d’euros).
L’APPETIT TURC Un diplomate redoutable habite Ahmet Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangères. Qui est-il ? D’où vient-il ? Que cherche-t-il ? Est-il un nationaliste soucieux de se libérer de toute tutelle, en premier lieu de celle des Etats-Unis ? Un zélateur de la puissance et de l’hégémonie ottomanes, ou un utopiste inspiré cherchant à concilier l’Orient et l’Occident ? Ou bien est-il un islamiste intransigeant derrière une bonhomie feinte et des gestes courtois de bon aloi ? Aujourd’hui âgé de 50 ans, Professeur de relations internationales avant de prendre ses fonctions ministérielles en mai 2009, il était depuis 2002 conseiller d’Abdullah Gül devenu président de la République, puis de Recept Tayip Erdogan, le Premier ministre, tous deux membres zélés du parti islamo conservateur (AKP). C’est sans doute lui qui a convaincu ces deux hommes de changer d’attitude et de politique pour mieux servir leurs desseins : recherche d’une paix durable avec les pays voisins de la Turquie, développement des relations avec l’Est pour servir les intérêts de la Turquie, énergétiques en premier lieu, rapprochements avec la Russie, l’Iran. Il propose aujourd’hui la médiation de son pays en Afghanistan et propose l’intégration d’une partie des Talibans dans le jeu politique pour sortir du bourbier. De commerce agréable, personnage fin et cultivé, fascinant pour nombre de diplomates européens, ayant par son parcours une approche multiculturelle des problèmes et des enjeux actuels, il apparaît le meilleur VRP de la Turquie pour se vendre aujourd’hui à l’Europe et ainsi mieux se l’approprier demain.
© EUROPE, ELARGISSEMENT ET SOCIETES
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