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Mercredi, 12 Mai 2010
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Euroflash 69
Jean-Claude Jézéquel
La Tribune libre
ON BOUGE MOINS EN TEMPS DE CRISE
Signe fort de conjoncture : en 2009, et pour la première fois depuis plus de dix ans, on a observé une baisse de la fréquentation des transports publics en Île-de-France, en particulier en banlieue (baisse sur le RER et le réseau de surface, mais légère augmentation de la fréquentation du métro, soit + 0,5 %). Le groupe RATP (45.000 salariés) a néanmoins enregistré une hausse de son chiffre d’affaires (+ 2,7 %) grâce à ses filiales, avec une progression de leur CA de 20,6 %, à 347,7 M d’euros. En 2008, la RATP avait assuré 3 milliards de voyages. En 2009, la RATP a atteint un niveau record d’investissements (1,225 Md d’euros, en augmentation de + 19 %) afin de moderniser ses équipements. Toutefois, la capacité d’autofinancement et les subventions des collectivités locales pour les investissements n’ont pas suffi, ce qui a conduit la RATP à recourir à l’emprunt (331 M d’euros en 2009), portant son endettement à 4.795,3 M d’euros. Cet endettement ne sera réduit en 2010 que de 150 M d’euros, montant recouvrant la somme promise par l’Etat au titre du soutien au plan de relance.

LA GRECE, BIENTÔT DESARMEE ?
La Grèce est le pays d’Europe qui « investit » le plus en équipements militaires (4,3 % de son PIB, soit plus du double de celui de la France) depuis le conflit gréco-turc de Chypre. Mais le gouvernement hellène devra, dans le cadre du plan d’austérité imposé, réduire de 500 M d’euros (dit-on) ses dépenses militaires, estimées aujourd’hui à 6, 9 Mds d’euros (hors le coût de sa gendarmerie). La France devrait abandonner en conséquence l’espoir de lui vendre les 6 frégates « multi missions » que son VRP, Hervé Morin, avait, semble-t-il, négocié. Toutefois, la commande de 15 hélicoptères Super-Puma serait maintenue (pour amortir la déception de notre gentil petit ministre).

RETIVE
Le 3 mai dernier, le gouvernement allemand a adopté le texte de loi visant à mettre à disposition les fonds pour la Grèce. Celui-ci sera ratifié dans les prochains jours. Le texte se limite à faire approuver les 8,376 Mds d’euros de la contribution allemande pour 2010, afin d’éviter d’engager l’ensemble de la part allemande (30 Mds sur 3 ans). En effet, les Allemands, dans leur grande majorité, n’étaient pas prêts à se sacrifier pour la cigale grecque. Les Allemands se serrent la ceinture depuis 10 ans, aussi se montrent-ils particulièrement sévères à l’adresse des pays qui ne respectent pas leurs engagements et qui de ce fait contraignent leurs partenaires vertueux aux sacrifices. Pour faire passer « la pilule » Angela Merkel a adopté le ton approprié, celui de la sévérité, dans un exercice d’exorcisme, en amont de son plaidoyer pour le sauvetage financier de la Grèce qui se trouve servir les intérêts de ses concitoyens à terme, en déclarant qu’« Il devra être possible à l’avenir de retirer, au moins temporairement, les droits de vote à un pays qui ne tient pas ses engagements », exigeant à cet égard la mise place rapide d’un groupe de travail pour réviser les traités et alourdir les sanctions. La chancelière feint de croire à la force de l’exemple et de la crainte qu’il inspire. Aussi a-t-elle affirmé au journal populaire Bild am Sonntag que « Si tous les experts estiment que le Portugal, l’Espagne et l’Irlande sont en bien meilleure forme que la Grèce, ces pays peuvent voir que le chemin pris par la Grèce aux côtés du FMI n’est pas facile. En conséquence, ils vont faire tout leur possible pour éviter de se retrouver dans une telle situation, et ils ont déjà annoncé des plans d’économies ». À ce jour, il lui serait difficile de croire qu’elle a pu rassurer ses concitoyens. Ceux-ci doutent qu’Athènes remboursera. Nous aussi.

PLAN DE SAUVETAGE POUR LA NOYEE
110.000 Mds d’euros (80 Mds versés par les Etats membres de la zone euro + 30 Mds par le FMI). En contrepartie de ce soutien financier qui « devrait » couvrir ses besoins financiers jusqu’en 2012, la Grèce a rédigé un plan d’austérité draconien (surréaliste) devant conduire à économiser 30 Mds d’euros au cours des 3 prochaines années (soit 11 % du PIB du pays : invraisemblable !), en plus des 4,8 Mds d’euros annoncés pour 2010. Au nombre des « efforts » supplémentaires consentis par le gouvernement grec le 2 mai : suppression des 13e et 14e mois pour les fonctionnaires, 23 % de TVA (contre 21 % précédemment), 1,5 Md d’investissement public en moins pendant 2 ans… Les taxes sur le carburant, les alcools et le tabac seront relevées de 10 %. Objectif ciblé : déficit au dessous des 3 % du PIB, d’ici à fin de 2014, contre 14 % en 2009. Sacrifices durs mais nécessaires sans lesquels la Grèce ferait faillite a affirmé Georges Papandréou, le Premier ministre grec. Préparons nous à cette fâcheuse perspective et à quelques autres aussi réjouissantes…

ON N’EN PARLAIT PLUS, ET PUIS…
Silvio Berlusconi possède trois chaînes de télévision, qui n’oublient pas de l’encenser. Au directeur du journal télévisé de la première chaîne de la Rai, nommé par lui, il a imposé un éditorial destiné à discréditer le « repenti » qui l’avait accusé d’avoir aidé la mafia. Toutefois, subsistaient encore ici et là quelques voix critiques qu’il convenait de baillonner. C’est ce que des écoutes téléphoniques ont révélé quand le « Cavaliere » s’est adressé directement à un membre de la Haute Autorité de l’audiovisuel italienne pour lui demander de faire taire celles qui se manifestaient encore dans le service public. Une enquête est ouverte et le président du Conseil italien pourrait être inculpé d’abus de pouvoir et de concussion. Cela ne devrait pas l’impressionner. Sa cote de popularité est plutôt bonne et seuls des ennuis de santé pourraient produire un jour son éviction du pouvoir.

MON BEAU DANUBE BLEU, COULEUR DE L’EUROPE
En mars dernier, 12 des 14 pays du bassin du Danube se sont réunis à Budapest afin d’élaborer ensemble la « Stratégie pour le Danube » qu’ils devraient adopter l’an prochain. Ceux-ci se sont engagés à protéger et à assainir les 2.870 kilomètres du 2ème fleuve d’Europe (sans compter ses affluents) afin d’améliorer la qualité de vie de ses 115 millions riverains. Ne disposant pas de budget propre à cette fin, ces pays espèrent pouvoir « piocher » dans les 100 Mds d’euros du Fonds de cohésion de l’UE pour satisfaire les objectifs visés. A suivre…

DEFENSE DES LIBERTES INDIVIDUELLES EN AUTRICHE
Étonnante revendication de la représentante du FPÖ à l’élection présidentielle autrichienne du 25 avril dernier (1/5e des suffrages), seule face au présidant sortant, le social-démocrate Heinz Fisher : Barbara Rosenkranz, 51 ans, mère de 10 enfants, a pendant sa campagne nié l’existence des chambres à gaz et dénoncé les lois prohibant l’apologie du nazisme en Autriche au nom de la défense des libertés individuelles…

DU DESTIN COMMUN EUROPEEN
Les marchés attaquent l’euro, les spéculateurs, un état membre, la Grèce, demain un autre. Quid du destin commun européen ? Quid du devenir d’une Europe qui est restée plus près de l’esquisse que de l’accomplissement, après avoir, de plus, fragilisé ses Etats membres qui ont perdu beaucoup de leur souveraineté et donc de leur autonomie comme de leur réactivité à l’événement. L’euro bouclier cédera t-il le pas à l’euro fossoyeur ? N’y a-t-il plus que Jean-Claude Trichet du haut de sa tour (35e étage de la BCE à Francfort) pour nous rassurer ? Est-il rassurant d’être rassuré par le Président de la BCE au motif que le Financial Times l’a désigné en 2009 comme « homme de l’année » pour sa gestion de la crise financière ? Ecoutons le : « Dès que la Grèce a adhéré à la zone euro, son économie a pu bénéficier d’une série d’avantages considérables sur le plan monétaire, ce qui l’a rendue plus forte. Grâce à l’euro, elle n’a plus connu le risque de change, elle a eu accès à une économie intégrée de 330 millions d’Européens, elle a bénéficié d’une monnaie qui inspire confiance et qui a donc donné à la Grèce de bas taux d’intérêt de marché à moyen et long terme. Le financement du déficit extérieur a été assuré par la seule appartenance à la zone euro. Naturellement, en échange de ces avantages considérables, il faut respecter une condition indispensable, qui est celle du pacte de stabilité et de croissance ». Oui, naturellement… mais… si la Grèce est coupable aujourd’hui de ne pas s’y tenir avec un déficit public de l’ordre de 14 % du PIB, contre 3,2 % pour l’Allemagne (selon les chiffres de la Commission européenne qui datent de novembre 2009, donc optimistes aujourd’hui), celui de l’Irlande serait de 11,6 %, de la France de 8,2 %, contre 6,1 % pour l’Espagne, 4,8 % pour la Belgique et 5 % pour l’Italie. Quant aux dettes publiques respectives des Etats membres de la zone euro, en pourcentage du PIB, elles atteindraient « quand même » 135,4 % en Grèce, 117,8 % en Italie, 104 % en Belgique, 96,2 % en Irlande, 91,1 % au Portugal, 87,6 % en France, 79,7 % en Allemagne, 77 % en Autriche, 74 % en Espagne, 72,5 % à Malte, 69,7 %, 69,7 % aux Pays-Bas, 63,4 % à Chypre, 52,7 % en Finlande, 48,2 % en Slovénie, 42,7 % en Slovaquie, 17, 7 % au Luxembourg, pour une moyenne de 88,2 % pour la zone euro. Chaque Etat membre surveille sa notation qui conditionnera le taux de ses emprunts (AAA : Ah ! Ah ! Ah ! = on est content ; BBB : Bah ! Bah ! Bah ! = tant pis pour nous, tant pis pour eux ! Ils sont solidaires). Doit-on compléter le dispositif européen par une « commission de surendettement » ?

© EUROPE, ELARGISSEMENT ET SOCIETES

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