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Vendredi, 2 Avril 2010
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Roman Polanski et les complots de la CIA
Nicolas Bonnal
La Tribune libre
Comme le remarque Tolstoï, on lit un journal "non d'opinions extrêmes, mais de cette moyenne où se tient la majorité". La majorité se moque de tout, comme l'on sait. Et lorsqu'une minorité prétend s'intéresser à une question, notamment politique, notamment militaire, elle est vite remise à sa place, surtout à une époque où elle se réduit et où le pouvoir néo-totalitaire ne cesse d'étendre son ombre et son gant de fer.
Il y a quelques mois, alors que je hurlais contre Lui avec de rares chiens qui dénonçaient les comportements sexuels aberrants des décennies écoulées, je ne m'étais pas posé la question : pourquoi en veut-on maintenant à Polanski ? Pourquoi le prive-t-on maintenant de ses biens et de sa liberté, à 76 ans, alors que sa prétendue victime de la décennie du porno lui avait pardonné ? Son film nous donne la réponse, son film Ghost Writer, tournée dans notre bien-aimée île de Sylt, et qui concerne Tony Blair, la guerre d'Irak, les sévices de la CIA, et disons-le tout net, les sociétés secrètes fanatiques qui sous couvert de démocratie (pour rester poli) dirigent les États-Unis et leurs républiques inféodées. Car depuis la Ligue de Délos et le pillage des îles méditerranéennes, organisé par Athènes et sa puissance thalassocratique impériale, on n'a guère progressé : il y a les maîtres, de la ploutocratie, et il y a les esclaves. Et bien sûr le peuple.
J'ignore si la lamentable Suisse a arrêté Polanski avant ou après le projet de son film. Je pense qu'il y a des deux. Il fallait l'empêcher de réaliser ce film, car le réalisateur du Pianiste, le meilleur opus sur la Shoah (parce qu'il l'ignore, précisément, et que Polanski, nous parle de sa vraie obsession d'artiste, qui est de n'être pas déporté dans sa vie, de n'être pas dérangé dans son œuvre) et d'une demi-douzaine de chefs-d'œuvre, jusque là peu politique, a soudainement décidé de régler son compte à la post-démocratie, et son commandement de douze salopards déterminés à en finir avec nos libertés, de fumeur, de buveur, de voyageur, ou bien de manieur d'idées.
Et là le couperet est tombé, comme pour Mel Gibson. Mel Gibson, catholique traditionaliste, décrété antisémite ; Polanski, juif rescapé du nazisme, décrété pornocrate éternel, susceptible d'être jugé, vingt, dix (je respecte l'ordre), cent, cinquante, mille ans après les faits. Avec Eaque, Minos et Rhadamante au rendez-vous de l'infernal jugement. Vous savez ? Les trois juges des Enfers.
J'ai parlé de sociétés secrètes : le film évoque justement l'organisation structurellement conspirative de l'université yankee, le fameux bastion d'Yale et, en sous-entendu, les Skulls&Bones de Bush, Kerry et consorts ; le projet Arcadia, qui nous rapproche du Da Vinci Code (en même temps que Gibson et Polanski, l'Église est attaquée pour les mêmes vieux motifs : néo-nazisme et pédophilie) ; enfin, la logique raciste du projet Echelon, le dominion anglo-saxon, mis à mal depuis la Crise, dont j'avais expliqué le déploiement jadis dans mon Internet, Nouvelle voie initiatique. Nous sommes restés dans la logique impériale de Rhodes ou de Kipling, et dans la volonté d'arraisonner le monde par le "marché" et la "démocratie", entendus au sens le plus hitchcockien du terme (je pense bien sûr aux Trente-neuf Marches, encore plus lumineux dans l'éponyme roman de John Buchan)
J'ignore donc si ce film de Polanski a dépendu de son extradition, puisque l'Amérique d'aujourd'hui prétend persécuter ses ennemis par-delà les monts et les temps, comme son modèle biblique. Je suppose qu'il l'a éclairé, puisque malgré tout la conclusion du film est sans compromission (le deuxième nègre du premier ministre british se fait aussi volatiliser), et que maintenant le Maître, comme d'autres esprits éclairés, sait à quoi s'en tenir sur la démocratie, qu'elle soit originaire du Texas, de l'Écosse ou du Kenya.
Je voudrais terminer sur une note moins politique : le film est superbement éclairé, son montage est allusif et elliptique à souhait, les acteurs – tous britanniques, ou presque - sont exceptionnels, le numérique est invisible – pourtant, Dieu sait que l'on te sent, Sauron… - et les paysages baltes et nordiques sont fantastiques. Comme disait mon ami Gérard Brach, scénariste en son temps des premiers Polanski :
— Roman est un homme qui maîtrise les paramètres.
Puisse-t-il s'en sortir, à l'heure ou le côté obscur de la farce (je dis bien) tente de l'écraser.

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