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Euroflash 70
| Jean-Claude Jézéquel | La Tribune libre
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OÙ VA L’EUROPE DEMAIN ? AVEC OU SANS L’EURO ? Jean-Claude Trichet*, président de la Banque centrale européenne, institution impuissante face aux spéculateurs, lui qui connaissait l’inflation comme seul ennemi de la monnaie unique, a dû se soumettre, « impuissant », à la volonté du Conseil européen uni par la décision de soutenir l’euro coûte que coûte, c’est à dire d’injecter 750 Mds d’euros au titre d’un plan de secours historique pour aider, si nécessaire, les 16 pays de la zone euro exposés à une crise financière « systémique » qui menace le crédit interbancaire (« Nous ne pouvons pas laisser tomber l’euro, l’euro, c’est l’Europe, et l’Europe, c’est la paix » : sic, Nicolas Sarkozy)… Une monnaie sans gouvernance, voilà ce qu’est l’euro… Pas d’unité politique pour l’incarner et le défendre, pas de structure telle qu’en dispose le dollar ou le yen. Il est bien temps de s’en préoccuper quand des spécialistes ne lui donnent tout au plus deux ans d’espérance de vie à ce jour ! Pour asseoir cette monnaie dans le temps, il aurait fallu une Europe Fédérale, mais aucun Etat membre, pourtant privé du fait européen d’une part de sa souveraineté, n’était près à se plier davantage. Il convient de rappeler que les Etats européens ont en raison de leurs tailles respectives, de leur histoire et de leurs intérêts propres des divergences de vue sur leur avenir, qu’une harmonisation n’apparaît toujours pas possible. L’euro attaqué, l’Europe attaquée… Sa dévaluation progressive, sa chute, et demain : sa disparition ? Panique aujourd’hui ! Rappel des dettes colossales des pays membres de la zone euro ! Crainte des baisses de notation, augmentation des taux d’emprunt : la France emprunte pour payer ses fonctionnaires (quid de leur avenir et des structures qu’ils servent, des services public, de l’éducation, de la santé, de l’hôpital, des aides sociales, plus globalement de la protection sociale, quid des retraites ?). Panique à l’Elysée : l’Etat est endetté à hauteur de 575 % de son budget de fonctionnement. Il a dû absorber ces dix dernières années une part importante de la dette privée. Les recettes baissent, le recours à l’emprunt s’avère tous les jours davantage nécessaire, tous les jours plus urgent… La spirale… Ici la France, ici l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne, et les autres pris dans un même engrenage, la même spirale… Alors plans de rigueur en vue et leur élaboration dans la précipitation (toujours mauvaise conseillère). Mauvais présage et sans doute que de mauvaises solutions. Les prélèvements supplémentaires, les réductions des aides et la limitation, voire la réduction, des revenus engendreront une baisse significative du pouvoir d’achat des ménages : moins de recettes, sinistres de sociétés en vue et chômage potentialisé. Notre président paraît être pris de panique et s’alignerait sur le modèle allemand : fixer la limite des déficits dans la constitution, donner des gages de vertu à venir… Crainte de la baisse de la notation : augmentation des taux d’emprunt consécutifs et crise majeure. La presse qui vend davantage sur le terrain de l’émotion y va de son coup de clairon ou du tocsin, et présente la crise de l’euro et de l’Europe comme un feu de brousse que plus rien ne peut arrêter ! Le journal Le Monde (du 12 mai) s’alarme en résumant la situation : « L’Entrée dans la rigueur risque de compromettre la sortie de crise »… La première perdante en cas de déconstruction de l’euro serait l’Allemagne et l’on comprend ainsi sa détermination à le secourir : son commerce extérieur dépend à plus de 40 % de la zone euro et à 60 % de l’Europe : la sortie de l’euro des « Pigs », dont en premier lieu la Grèce, et leur retour à la monnaie nationale, ne leur permettrait plus d’être ses clients ! Les Français n’ont jamais beaucoup aimé l’euro (62 % pensent qu’il affecte négativement leur vie quotidienne et 55 % qu’il est néfaste à l’économie du pays, selon un récent sondage du Financial Times) : ils ont vu en 2001 les prix augmenter en moyenne de 4 % chez les grandes enseignes de la Distribution, quant aux petits achats courants et récurrents, café, presse pain, ils ont augmentés de façon éhontée, mais sans l’euro, le pétrole et ses dérivés achetés en dollars (comme d’ailleurs la plupart les matières premières) auraient autrement amputé leur budget… Alors, ne le regretteront-ils pas demain ? Mais d’ici là, ils auront peut-être dû accompagner son déclin progressif jusqu’à rejoindre le dollar ! * Jean-Claude Trichet a même accepté (pouvait-il faire autrement ?) l’idée que la BCE puisse acheter de la dette souveraine douteuse. Quelle vue peut-il avoir aujourd’hui sur l’avenir ?
PERTE DE VALEUR POUR L’EURO, PERTE GENERALE DE SES VALEURS POUR L’EUROPE Quand l’Europe est née, ses fondateurs n’ont pas cherché à la protéger, l’exposant dès son plus jeune âge aux lois du marchés, aux manœuvres américaines, au dumping social, et à l’expansion dévorante de la Chine. Elle s’est par ailleurs laissée convaincre par Etats Unis de « s’élargir », de s’étendre, donc de se disperser et de se diluer, puis se convertir jusqu’à vouloir intégrer coûte que coûte la Turquie, merveilleux cheval de Troie, aujourd’hui toute à sa séduction de l’Iran, flirtant avec son président au grand jour, rompant de facto avec ses engagements auprès de l’Otan, méprisant l’Europe, partie prenante de l’opposition au nucléaire militaire, et souriant aux Chinois jusqu’aux oreilles. Vieillissante, l’Europe a misé sur une immigration du Sud, par ailleurs incontrôlable pour compenser la « dénatalité occidentale ». Aujourd’hui, les produits chinois, contrefaçons, copies, imitations, inondent l’Europe. Les délocalisations ont accéléré la désindustrialisation, et l’Europe, la France surtout, a fondé son économie sur les « services », sans que pour autant elle ait investi parallèlement dans la recherche (R & D) à la hauteur des enjeux. Une immigration massive peu « en lien » avec le travail (seulement 7 % des immigrés pour la France), la natalité exponentielle qui en résulte, des enfants globalement mal encadrés et sous formés, les violences et la délinquance qui en sont la conséquence, le coût social qui en découle, s’avèrent être aujourd’hui des facteurs déterminants pour une équation à définir afin d’assurer un avenir à… l’Europe. L’immigration règlera-t-elle le problème des retraites grâce à la solidarité inter générationnelle et les cotisations de ses enfants ? Il est permis de rêver. Quant à l’entretien de ses valeurs et du soin à porter aux bases de son édification, chrétiennes pour les unes et les autres, les dirigeants européens préfèrent ne pas s’exposer à les défendre. Sa générosité de vue l’a davantage poussée vers l’autre sous couvert que tout humain est un citoyen du Monde, plutôt que vers ses enfants et la sauvegarde de son identité. Aussi ses gestes a priori généreux peuvent ils apparaître insidieux aux yeux qui veillent sur l’héritage occidental. Nous pouvons en relever dans tous les domaines. Ainsi, par exemple, les villes choisies pour être capitales européennes de la culture en 2010 sont Essen ville d’Allemagne située dans la région de la Ruhr, Istanbul (en Turquie !) et Pécs en Hongrie (cinquième plus grande ville hongroise avec 160.000 habitants). Pourquoi cette dernière a été choisie aussi comme « Capitale Européenne de la Culture 2010 » ? Parce qu’elle représente les diverses influences qui ont façonné l’Europe, est-il rapporté par les « sélectionneurs » : elle possède un riche patrimoine et a subi l’influence turque. Pillée par les Ottomans en 1527, la ville fut entre les mains de ces derniers de 1529 à 1686, et elle a gardé les marques de cette occupation comme la mosquée du pacha Gazi Kassim qui se dresse sur la place centrale où l’on trouve encore à l’intérieur les inscriptions des versets coraniques ainsi que le mihrab orienté vers la Mecque. Il n’y a pas meilleur symbole pour l’Europe de demain !
© EUROPE, ELARGISSEMENT ET SOCIETES
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