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La prolétarisation de la race blanche
| Nicolas Bonnal | La Tribune libre
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Une vidéo chinoise de la chaîne CCTV a fait le tour du monde, montrant un économiste chinois se moquer cruellement des Européens, et de leur goût pour la retraite anticipée, la sécu, le football. Dans vingt ans, achève le sarcastique professeur, nous devrons leur jeter des sacs de riz pour les nourrir. Je crois au canular, je ne crois pas vraiment à la véracité du pamphlet médiatique chinois. Je crois aussi que les Chinois avec leur extermination des filles, leur politique de l'enfant unique, et leur demi milliard de retraités pour l'an 2050 n'ont rien à dire. Par contre je partage leur point de vue sur la ruine européenne (indo-européenne ?) et même les plus idiots utiles et inutiles le partagent : nous allons vers une ruine totale, vers une apocalypse grise qui aura deux volets : appauvrissement et vieillissement. Le vieillissement est bien connu, avec 30 % de sexagénaires que l'on ne pourra pas payer. Avec la fatigue créative d'une civilisation jadis géniale et qui a dégénéré. L'appauvrissement est patent pour qui voyage : non seulement l'Asie, mais aussi l'Amérique du sud (voyez le Pérou, l'Uruguay, voyez le Brésil de Lula dont la monnaie a doublé en cinq ans, voyez la fortune de villes comme Brasilia, Curitiba, Fortaleza…), mais encore l'Afrique noire ! Vincent Bolloré en a parlé, en disant que c'est là-bas qu'il faut investir. On voit les taux de croissance du Maghreb ou de l'Angola qui laissent rêveur, à 10% ou plus. Ceux qui se moquaient des Africains en seront pour leur compte. Ils riront jaune, c'est le cas de le dire. Les marchés financiers (quelques milliers de voyous) et les administrations (quelques milliers d'incapables) ont leur part de responsabilité dans ce désastre obscur de la race blanche ; les marchés qui ont encouragé tous les vices infantiles du capitalisme ; les administrations qui ont voulu prendre la relève et faire du "sozial", comme disait Céline, à tort et à travers ; et surtout faire l'Europe bancaire et bancale contre toute logique politique, culturelle, et même économique. Mais il ne faut pas oublier non plus l'effondrement américain, qui élit toutes sortes d'irresponsables, pays crépusculaire qui a perdu tout pouvoir d'attraction, assis sur les milliers de milliards de dollars gaspillés dans des guéguerres aberrantes, trois millions de prisonniers affamés dans les bagnes et une désindustrialisation qui a fait de Détroit la ville la moins chère du monde au mètre carré. En France aussi on commence à souffrir. A part deux ou trois côtes d'usure, on voit que l'immobilier s'effondre, que le budget tourne au vinaigre pour tout le monde et que l'euro, s'il disparaît, nous remettra au troc en septembre prochain. Nous serons dans une situation absurde et préhistorique. Nous n'aurons pour notre consolation que ces lignes admirables de Marcel Aymé, tout de même publiées en 1946, au terme du plus terrible conflit, de la plus terrible occupation de notre Histoire : “Nous sommes pauvres, nous sommes endettés, notre monnaie est au bord de la faillite. Une partie de notre pays est en ruines. Nos machines sont usées. Nos rivières sont à sec. Notre administration est croulante. Partout s'étalent la gabegie et la corruption. Notre jeunesse est découragée.” Là, nous ne sortons pas des guerres hitlériennes ou du stalinisme. Nous sortons de la création de la zone euro et du merveilleux règne du néo-libéralisme ! Mais nous sommes prolétarisés et résignés. Habitués à être mal traités (surtout nos jeunes, mal payés et aussi absorbés, possédés par leurs gadgets techno), nous ne bougeons plus, tout juste bons pour le prochain abattoir voulu par le Folamour démocratique. Nous allons vers un désespoir total qui devrait nous pousser à châtier les responsables ; mais le vieillissement, le gâtisme même, la résignation médiatique et les progrès de la pharmacie et du traitement chimique de l'insatisfaction et de la révolte, synthèse admirable l'Orwell et d'Huxley, tout nous rend impuissants. Comme il n'y a pas d'issue digne de ce nom, sinon celle de revivre de la rhubarbe comme aux temps heureux de l'Occupation, je ne vois pas où cela peut finir. Pie XII avait prophétisé une saine réaction populaire, on l'attend. La fin de l'euro, le réveil des nations, ou d'un esprit chrétien et familial ? On se doute que pour les gens qui nous dirigent de Londres, New York ou Bruxelles, ce sera ça la Fin du Monde. Et gare à la punition alors.
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