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Vendredi, 26 Septembre 2008
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Serge de Beketch un an après
Nicolas Bonnal
La Tribune libre
Serge est mort il y a un an, et je m’en suis remis. Comment ai-je fait ?
J’ai quitté la France il y a sept ans, pour aller vivre en Espagne. C’était avant le cortège de catastrophes qui allait s’abattre sur nous à l’orée de ce dernier millénaire : les attentats et leurs guerres, le passage à l’euro, le tsunami, l’horreur du réseau permanent et abrutissant, l’inflation folle et la crise immobilière et financière, en attendant les guerres de l’année prochaine, que Serge ne verra pas. Et qu’il ne pourra donc pas combattre. Certains disent qu’il est mort trop tôt, je ne le crois pas. En ces temps de post-apocalypse, la vraie malédiction est de survivre, de n’en finir plus de vieillir et de s’humilier ontologiquement en des temps imbéciles et prostitués (certes ce ne sont pas les premiers, mais avant, n’est ce pas, on pouvait fuir, là-bas fuir…).
Depuis notre rencontre en 1989, nous avions toujours été proches, mais il m’était difficile de le voir trop souvent à Paris. Il avait une famille et c’était un homme qui travaillait beaucoup. Au contraire, à partir du moment où je me suis éloigné de lui, je l’ai appelé, et il a fini, lorsque je suis passé en Amérique du sud, par être le seul lien que j’avais avec la terre plus très ferme de la vieille Europe. Il me disait d’ailleurs de ne pas revenir, et il observait avec Victoria, qu'cours de notre dernière émission sur Radio courtoisie, en date du 28 juillet 2007, que j’étais en train de mourir d’asphyxie. De fait, je ne guérissais pas d’un asthme malin, mais je pus exposer toute ma rage, que l’on peut encore écouter sur le web.
J’appelais donc Serge presque toutes les semaines, puis tous les deux jours quand le prix des télécom vint à baisser en Argentine. J’avais besoin de sa voix, de son humanité, de sa légèreté (il ne m’a jamais pris la tête par exemple). Nous parlions de sa santé (je l’entendais tout le temps tousser, et il faut admettre que la médecine aura fait de son mieux jusqu’au bout pour ne pas le soigner), de la situation en France ou de ce qu’il en restait, et de mes humeurs toujours mélancoliques. Comme il y avait une trop haute opinion de moi, il pensait comme Dürer ou Aristote que ma mélancolie était un trait nécessaire à mon génie. J’ai eu la chance depuis de pouvoir continuer à écrire (et à être lu par conséquent) sur des sites amis, mais j’ai fait taire Horbiger et sa bande d’oiseaux qui l’amusaient tant, lui, mon regretté ADG, Aramis ou Bruno Gollnisch. L’Amérique du sud a aussi perdu en quelques années de mondialisation malheureuse sa troublante personnalité. Et moi j’ai perdu ma joie de voyager en même temps que celle de survivre. Tout est devenu trop cher et trop commun.
J’écrivais pour lui, je n’ai jamais écrit (au sens d’être lu par quelqu’un « qui t’aime et te comprend ») que pour lui. Mais lui écrivait pour des milliers de gens, peut-être des millions finalement. Car en trente ans de bons et loyaux services, qui ne l’a pas lu dans la droite française et l’immense lectorat de Minute ? Il y avait des milliers de personnes à son enterrement, où je n’étais pas. Serge était aussi utile, aussi indispensable pour ces gens que pour moi et les rédacteurs de ses journaux. Je me risquerai à dire comme Voltaire – qu’il détestait et admirait à la fois, par le jeu subtil de ses ambivalences - : les lettres nourrissent l’âme, la rectifient, la consolent. Et c’était cela le rôle de Serge de Beketch : il nourrissait, rectifiait, consolait. Et moi, il me répondait au téléphone. C’était comme un thaumaturge : je me souviens que les gens venaient le saluer, lui serrer les mains avec
effusion au restaurant de La Mère agitée. Il leur donnait de la force, et il donnait du sens à leurs existences dévastées par les parkings et la télé, par la disparition de leur race et de leur culture, ou par celle de leurs naïfs credos de jeunesse. Il ne répondra plus et ne tonnera plus contre, comme disait Flaubert, des bourgeois de droite !
Je me demande si le diable va supporter longtemps comme cela de n’avoir plus de chevaliers le défiant. Car c’était cela, Serge de Beketch : le chevalier, le diable mondialisé et la mort le côtoyant, avec cette putain de médecine qui n’a jamais voulu le soigner. En tout cas, où qu’il soit, j’ai hâte de le retrouver. Sa veuve Danièle me dit qu’il lui parle parfois : alors je tends l’oreille.

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