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Mercredi, 8 Septembre 2010
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L’affaire Bettencourt, le fil rouge de l’histoire de la France contemporaine
Nicolas Bonnal
La Tribune libre
Comme Arsène Lupin, le cambrioleur de l’histoire de France, l’affaire Bettencourt, qui enchante les médias, redore un peu le blason d’un pays en voie de disparition.
L’histoire Bettencourt commence par un bon mariage : celui d’André Bettencourt avec l’héritière Schueller, sans doute convoitée à l’époque par François Mitterrand. Bettencourt, comme Mitterrand (à cet égard la gauche ferait mieux de
la fermer), est d’extrême droite à l’époque. Ils sont proches de la Cagoule, la société secrète très bien armée qui rêve de renverser la république et de mener la France à travers les limbes d’une révolution nationale qui aura lieu quelques années plus tard.
Qui est Eugène Schueller ? Un génie de la chimie, qui comprend les désirs de la femme postmoderne, polluée par le ciné et les magazines : rester jeune. Alors il produit des brevets, il  lance la publicité pour secouer « la paresse du consommateur ». Il est malheureux avec la Cagoule, sans doute à cause des idiots utiles de l’Action française, qui la dénonce, mais plus heureux avec la Libération. Il emploie alors Mitterrand dans le journal Votre beauté. Et il impose à côté des Vidal Sassoon, Revlon, Rubinstein, Furstenberg  Estée Lauder, une empire de la beauté qui a une figure hauturière, noire, digne des quatre
cavaliers de l’Apocalypse.
Le succès mondial de l’Oréal attire des convoitises : en 1992, alors que commence l’attaque sur le passé de Mitterrand (voir mon livre François Mitterrand le grand initié aux éditions Dualpha), on s’en prend à l’Oréal, à son boycott d’Israël ordonné par les Arabes, à l’antisémitisme supposé donc de l’entreprise, et au
passé bien sûr de Schueller (aujourd’hui, tout le monde oublie cela…). François Dalle, autre vieil ami éduqué par les maristes, accuse Jean Frydman, fraîchement éjecté de l’Oréal, de « vouloir se faire du pognon avec la shoah ».
Dalle regrettera ses propos, mais pas trop… Et je me souviens très bien de la remarque, sur TF1, de Gérard Carreyrou, quand il y avait encore des journalistes :
— Mais ne veut-on pas atteindre le président à travers cette affaire ?
Mitterrand précédera l’attaque grâce au livre de Pierre Péan sur son passé, et qui le montrait en manchette serrant la main à Pétain.
Dans les années 80, l’Oréal progresse création de valeur grâce au successeur Owen-Jones, qui agressivement promet la jeunesse éternelle aux occidentales qui vieillissent et ne veulent plus d’enfants ; en attendant les japonaises et les
chinoises. Tout se normalise. La petite-fille d’Eugène, épouse un M. Meyers, convertit ses enfants au judaïsme, et produit quelques opus sur les noms juifs, dont l’un est préfacé par Bernard-Henri Lévy en personne. Et Liliane
Bettencourt, tente de redorer son blason en finançant à hauteur de vingt millions d’euros des associations de femmes scientifiques en Israël (voir le site israelvalley.com), alors que son époux donnait encore dans les années 80 de la main à la main du liquide à de jeunes nationalistes en France.
En bref, l’Oréal a fait bonne figure pour se soumettre aux puissances du moment.
On est loin de la Cagoule, on est plus près de la mondialisation et de son ombre formidable qui obscurcit tout ce qu’elle éclaire.(*)
L’affaire rebondit encore avec François-Marie Banier, ancien acteur d’Éric Rohmer, qui s’adresse à mon ami Jean Parvulesco dans le film du regretté Rohmer L’arbre, le maire et la médiathèque, en 1993. Ce film calcule, pour reprendre le langage de l’époque, en rase campagne, la gestion socialiste de l’époque, aussi désastreuse pour la France d’alors que celle de la Droite des Woerth, ancien
scout d’Arthur Andersen, et autres Lagarde d’aujourd’hui. Rohmer n’est pas vraiment de gauche, même si la critique a fait mine de se taire jusqu’à son  brûlot L’Anglaise et le Duc, qui montrait les révolutionnaires tels qu’ils
étaient : des cannibales.
Et là, on se demande si l’auguste grand-mère, de 87 ans d’âge, qui remet à cet artiste itinérant, à ce chevalier sauvage, son milliard d’euros, n’a pas voulu se permettre un dernier défi, une dernière provocation…
 
(*) PS : aux dernières nouvelles, il n’en serait rien : une voix autorisée m’évoque la piste suisse qui voulait se venger d’un ministre helvétophobe, dira-t-on.

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