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Non à un Kosovo indépendant
| Jean-Claude Rolinat | La Tribune libre
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Si l’Union européenne devait reconnaître l’indépendance autoproclamée du Kosovo qui, bien que majoritairement albanophone est juridiquement serbe, elle commettrait une mauvaise action en ouvrant la boîte de Pandore : la révision des frontières internationales. Jusque-là, à propos de l’ancienne Yougoslavie, la communauté internationale ne s’était pas risquée à remettre en question les limites des anciennes républiques constituantes. Qui empêcherait demain la République turque de Chypre du nord (RTCN) d’être légitimement représentée à l’ONU, au nom de quels principes refuserions-nous alors le légitime rattachement de la Republika Srpska à la Serbie ou de la Communauté croate de Bosnie à la Croatie, pourquoi maintiendrait-on l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud ou la Transnistrie dans un ostracisme diplomatique ? Le Nagorny-Karabakh, majoritairement peuplé d’Arméniens et qui s’est arraché à la pointe de l’épée des griffes de l’Azerbaïdjan musulman, n’aurait-il pas droit à l’autodétermination comme le Kurdistan irakien ? Sans compter que les vingt-sept, encouragés par Nicolas Sarkozy qui « a demandé à l’Union européenne de soutenir dans l’unité et la fermeté la seule solution praticable au Kosovo » (source AFP), ne pourraient plus refuser demain la reconnaissance d’une sécession dans n’importe quelle partie du globe, et les occasions ne manquent pas ! Ce qui est valable pour le Kosovo peut l’être pour le Pays Basque, la Catalogne, la Transylvanie, le sud de la Slovaquie et, pourquoi pas, le… 9-3 et la Corse ! Les pompiers de l’UE jouent au pyromane, sans compter que le Kosovo est l’une des plaques tournantes de tous les trafics qui infectent l’Europe : blanchiment d’argent, contrebande, drogue, traite des « Blanches », ventes d’armes, immigration illégale… Très paradoxalement Martti Ahtisarri, négociateur de l’ONU, semble atteint de cécité. En tant qu’ancien Président de la Finlande que n’a-t-il justement proposé le statut des îles Aland pour clore le contentieux albano-serbe ? Dans les années vingt, Suède et Finlande s’étaient mises d’accord pour accorder l’autonomie totale à ce petit archipel de la mer Baltique, peuplé majoritairement de suédophones mais en laissant juridiquement rattaché à Helsinki. La population bénéficie d’une citoyenneté protectrice à l’intérieur de la nationalité finlandaise, elle n’est pas astreinte au service national et les îles sont démilitarisées. La langue suédoise y est l’unique langue officielle. Le gouvernement de Mariehamn, la petite capitale, envoie des observateurs à Bruxelles au sein de la délégation finlandaise lorsque des sujets pouvant concerner les îles sont abordés, et délègue des représentants au conseil nordique, au même titre que les autres partenaires scandinaves, États indépendants, eux.
Pourquoi cette proposition de bon sens n’a-t-elle pas été mise sur la table ? On a parlé de ce statut alandais pour résoudre la crise des Malouines ou celle de la sécession tamoule au Sri Lanka. Que n’est-il rendu universel !
Au pire, un statut qui pourrait convenir aux 100 000 Serbes encore accrochés à la terre de leurs ancêtres , berceau de l’histoire nationale serbe, à défaut d’une partition au niveau de Mitrovica, en secteur d’occupation français de la KFOR. Toutes les constructions sont envisageables pour satisfaire à la fois le désir d’intégrité territoriale des uns et l’élan autonomiste et identitaire des autres. Mais, cette fois-ci, hélas comme pour l’adhésion de la Turquie à l’UE, les moutons de l’Eurocratie s’alignent en bêlant derrière le berger américain.
Jean-Claude Rolinat vient de publier Frères d’Europe aux éditions Dualpha.
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