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EUROPE, ELARGISSEMENT ET SOCIETES - Mars 2008
| Jean-Claude Jézéquel | La Tribune libre
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UNION MEDITERRANEENNE : UN PROJET DENATURE – ECHEC ET MAT, UN PRESIDENT MATE ET UN CONSEILLER DESAVOUE Le 6 mars dernier, la chancelière allemande a mis en garde Nicolas Sarkozy quant à la poursuite de son projet d’Union méditerranéenne (rappelons-nous que l’Allemagne n’est pas riveraine de la mer méditerranée !) : Inflexion spontanée du président français qui a cédé sur l’ensemble de celui-ci. L’Union méditerranéenne concerne désormais tous les pays européens, - alors que le projet du bon conseiller Henri Guaino visait celle un regroupement « paritaire » des pays riverains de chaque côté de la Méditerranée, - et se trouve intégrée dans le processus de Lisbonne qui, jusqu’à présent, s’est révélé être un vœu pieux de coopération entre l’Europe et le Maghreb. Le bon conseiller peinera à cacher son humiliation : ce sont le ministre des Affaires étrangères et le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, tous deux hostiles au projet, qui se trouvent mandatés pour le poursuivre ! (Notons la manifestation du Forum de Paris « Euro méditerranée », les 28,29 et 30 mars 2008, entrée libre à l’Unesco, 125 av. de Suffren, 75007 Paris : « Une Union pour La Méditerranée, pourquoi faire et comment ? » Avec, entre autres acteurs du forum : Nicolas Sarkozy – sous réserve -, Michel Barnier, Bertrand Delanoë, Jean-Paul Fitoussi, Brice Hortefeux, Henri Guaino, Elisabeth Guigou…)
LES FUTURS RETRAITES NE VEULENT PAS BATTRE EN RETRAITE La Grèce bientôt à feu et à sang. Depuis des mois, au coude à coude, de multiples corporations ont décrété une guerre sans merci au projet de réforme des retraites du gouvernement conservateur en place (augmentation des taux de prélèvement et de la durée de cotisations). Les nerfs des contestateurs ont été chauffés à blanc par la décision des tribunaux d’interdire la grève générale. Première réponse : l’occupation de la Bourse… Conformément aux consignes européennes, le gouvernement grec veut (lui aussi) supprimer les régimes spéciaux. . La misère s’installe progressivement dans le pays. A Athènes, où vit la moitié de la population, il est devenu impossible de faire face avec un salaire minimum de l’ordre de la moitié du Smic français ou une retraite de l’ordre de 500 euros. La campagne offrait hier à la ville, via la famille restée à la terre, quelques compléments alimentaires, mais la terre est passée aujourd’hui dans les mains des promoteurs, aidés, entre autre, par les incendies majeurs que l’on sait. La Grèce se soulève, mais pour retomber comment ?
LA BELGIQUE, BIENTÔT DE TRICOTEE ? Approuvé par les principaux partis, le royaume de Belgique a enfin un gouvernement. Yves Leterme, nouveau Premier ministre, un Flamand, ne dispose toutefois pas d’un soutien probant, puisque 9 francophones sur 10 ne lui font pas confiance, tandis que son propre camp lui fait injonction d’entamer le « dé tricotage » de l’Etat central avant la mi-juillet 2008, « dé tricotage » jusqu’ici, maintes fois différé…
APRES LA CARTE JUDICIAIRE, BIENTÔT LA CARTE HOSPITALIERE Roselyne, au travail ! Mise à plat de la carte hospitalière ! Sa réforme sera-t-elle aussi impopulaire que celle de la ministre de la Justice (et mannequin de grands couturiers à ses heures) ? Funeste projet pour nombre de maternités et de services chirurgicaux, que l’on peut considérer déjà comme en « fin de vie » : la Fédération hospitalière de France a compté 240 établissements vulnérables, à partir des seuils de rentabilité ou d’amortissement des structures (4.000 séjours annuels en chirurgie et 1.000 accouchements par an), barre sous laquelle, ces derniers se trouvent. Ce sera surtout une dure réalité pour les provinciaux, qui auront un accès au soin plus difficile et qui se trouveront éloignés de leurs proches hospitalisés. Un autre effet à redouter : un accroissement des listes d’attente dans les structures de report.
CHÔMAGE : CLASSEMENT EUROPEEN (PARTIEL) En janvier 2008, les taux de chômage tel que recueillis par Eurostat se présentaient ainsi : Espagne = 8,8 % - Pologne = 8,6 % - France = 7,8 % - Allemagne = 7,6 % - Royaume-Uni = 6,8 % - Pays-Bas = 2,9 %. La moyenne du chômage (officiel) de l’UE des 27 était de 5,1 %.
ISLAM : L’EUROPE SOUS SURVEILLANCE Elles sont déjà prudentes, certains diront frileuses, l’Europe et la France, quand il s’agit de l’Islam. Aussi, par exemple, les médias français n’ont guère évoqué l’anniversaire récent de l’attentat particulièrement sanglant qui a endeuillé l’Espagne : ne stigmatisons pas les musulmans, demain majoritaires dans le pays ! A Dakar, au sommet de l’Organisation de la Conférence islamique, les 5.000 délégués représentant 1,3 Mds de musulmans ont débattu de « l’islamophobie » et décidé de créer un « observatoire » sur le sujet. Aussi, le Premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, est bien dérangeant quand il plaide pour une solidarité européenne dans la défense de la liberté d’expression. Il ne veut pas voir que l’Europe tremble de presque tout son être à cette idée, qui ne peut qu’être mal comprise en tolérant l’expression d’islamophobes ! La sortie annoncée de « Fitna », le film « anti-islam » du député néerlandais d’extrême droite, Geert Wilders, qui suscite déjà la colère de la communauté musulmane, inquiète les Pays-Bas, d’autant qu’au nom de la liberté d’expression, 17 journaux danois viennent de reproduire la caricature d’un Mahomet coiffé d’un turban en forme de bombe, mèche allumée. Fichue liberté d’expression ! Surtout quand il s’agit de l’expression de la vérité !
KOSOVO : DES EFFETS IMMEDIATS EN ATTENDANT CEUX A VENIR Paralysie politique en Serbie : premiers effets de l’indépendance autoproclamée du Kosovo souhaitée et donc approuvée par la majorité européenne (et depuis quelques jours par la Croatie, candidate à l’Union). Le président serbe Boris Tadic a dissous le Parlement et convoqué des législatives pour le 11 mai prochain. Cette décision fait suite à un désaccord avec son premier ministre, Vojislav Kostunica, qui estime que la Serbie ne doit pas œuvrer pour un rapprochement avec l’UE, première instigatrice, selon lui (et d’autres !) de l’indépendance du Kosovo. Ce scrutin sera interprété comme un référendum pour ou contre l’intégration à l’UE. Le nord du Kosovo veut faire sécession. Peuplé majoritairement de Serbes, ces derniers s’en prennent aux symboles du nouveau pouvoir, dont par exemple la mise sous leur contrôle, le 14 mars, de deux tribunaux kosovars administrés par l’ONU à Mitrovica, réclamant leur placement sous l’autorité de Belgrade. A l’occasion de la reprise des lieux par les autorités locales de substitution (les forces de police de l’ONU et les soldats de l’OTAN), ces dernières ont essuyé des tirs, comme cela s’est produit ailleurs, où des soldats français ont été particulièrement visés (une dizaine de blessés), au motif probable que la France est pour les Serbes traître à ses engagements initiaux. La fracture entre le nord et le reste du Kosovo devrait s’aggraver, et si une coalition nationaliste s’empare du pouvoir en Serbie, il y a lieu de croire à une radicalisation du front qui s’étirerait peut-être alors à la Bosnie voisine.
IMMIGRATION PAS VRAIMENT CHOISIE Selon les chiffres du Haut Conseil à l’Intégration (HCI, Présidente : Blandine Kriegel), 184.134 immigrés sont entrés légalement en France en 2006, soit autant que l’année précédente. Le gouvernement souhaite choisir ses immigrés plutôt que les subir, c’est à dire accueillir moins d’individus pour raisons familiales et davantage de travailleurs, soit 50 % à terme). Il peut et pourra toujours rêver ! Les demandes acceptées pour raisons familiales ont augmenté de 4,8 % par rapport à 2005 (essentiellement des Marocains, Algériens et des Turcs) quand le regroupement familial en lui-même a diminué de 20 % ! Par ailleurs, seul un étranger sur six est admis pour des raisons professionnelles (+ 15 %), mais ce sont surtout des travailleurs saisonniers (43 %), en majorité des Polonais. Enfin, cela vaut la peine de s’interroger : En 2006, plus d’un étudiant sur trois était étranger, et les Chinois sont de loin les plus nombreux.
Rappelons ici qu’en Europe, c’est en France que l’on acquiert le plus facilement la nationalité du pays d’accueil : les 2/3 des entrants sont naturalisés à court terme…
© « EUROPE, ELARGISSEMENT ET SOCIETES ».
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