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Vendredi, 29 Février 2008
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L’affaire Artus-Betrand en Argentine, un scandale bien français
Nicolas Bonnal
La Tribune libre
Je vis à Puerto Iguazu, en Argentine, aux portes du
Brésil et du Paraguay. J’y ai loué une maison pour
écrire et publier en espagnol et en anglais un
recueils de contes et de fables intitulé Rencontre
avec les animaux des cataractes. J’ai fait tout cela à
mes frais, en même temps que je me faisais des amis
dans toute la localité de Puerto Iguazu, une des trois
capitales du tourisme en Argentine. Les cataractes
d’Iguazu reçoivent plus d’un million de touristes par
an et sont certainements un des plus beaux endroits du
monde.
Là-dessus j’apprends un scandale : le dénommé
Artus-Bertrand arrive avec une équipe d’athlètes du
reportage, s’installe au Sheraton, consomme, boit
(boit beaucoup, d’après ce que j’ai entendu), vole
(c’est le cas de le dire) en hélicoptère durant des
jours... et s’en va sans payer. On fait croire que
l’argent viendra par transfert...
L’ardoise est de 32.000 euros, belle somme ici, alors
qu’une agence imprudente, ici très fameuse, n’avait
même pas demandé d’empreinte de carte bleue.
Nos lascars s’en vont à 600 kilomètres plus au sud, à
Posadas, et c’est là que quand même ils se font
arrêter. Pourparlers, tractations, menaces françaises
(récemment d’ailleurs, le président colombien
exaspéréUribe a humilié en public l’impayable
Kouchner), puisque l’on évoque un cousin de notre bien
–aimé président connu aussi pour ses goûts de luxe.
Suivant une stratégie bien française, Artus-Bertrand
menace et accuse, alors qu’il ne paie toujours pas la
note. D’après lui, on le persécuterait pour l’empêcher
de faire un reportage sur un barrage nuisible pour la
santé de la population. Or de ce barrage (represa de
Yacyreta), la presse locale parle tous les jours, je
suis placé pour le savoir. Les barrages ont tous des
effets pervers, c’est un secret de Polichinelle. Mais
le vrai secret est que sur pression diplomatique le
lascar est libéré et qu’il ne paie toujours pas.Le
bonhomme est pourtant milliardaire et ses horribles
photos vues du ciel lui ont rapporté de quoi vivre
comme un oligarque.
Mais c’est là justement le problème, comme j’explique
à mes amis argentins. C’est parce qu’il est riche et
célèbre (pas en Argentine, je vous l’assure : hors de
l’hexagonie, les Français ne sont rien, sauf Edith
Piaf ou Alain Delon) qu’il ne veut pas payer et qu’il
ne paiera pas. Je me souviens de cette journaliste
fameuse, championne des ménages et femme de ministre,
qui refusa de payer sa note salée à l’hôtel
Impératrice Eugénie de Biarritz, des ardoises
fantastiques de la famille Chirac et de ses frais de
bouche, de la bécasse de garde des sceaux qui louait
une suite au Ritz, de l’escapade d’Estrosi en jet, de
tout un tas de détails qui font de la France une
république afro-bananière. Je me souviens aussi de
cette remarque de Jean-François Revel sur cette police
à deux vitesses qui retrouve a toute vitesse une
mobylette présidentielle ou un sac de ministresse.
S’agissant d’Artus-Bertrand, dont je trouve la
transformation de la terre en cabinet de curiosités
répugnante et dangereuse, j’avais lu dans la revue
Capital que pour lui tout était gratuit, sauf ses
photos et ses livres. Les vols (re-sic) d’Air France,
les hôtels, les balades en hélico géant qui brûlent
400 litres de kérosène par heure (merci l’écologie,
merci le donneur de leçons), les bouffes à 400 euros,
tout cela est gratuit. Il est donc normal d’arriver en
Argentine, de ne rien payer, de contraindre une agence
de voyages trop confiante à la faillite et de hurler à
la conspiration, suivant les bonnes vieilles méthodes
staliniennes ou mafieuses.
Tout cela est gratuit, et tout cela a été théorisé par
l’inévitable Attali, liquidateur patenté des moyens et
des pauvres dans notre hexagonie bien-aimée. Attali a
inventé l’expression de surclasse pour désigner cette
caste de puissants et riches oligarques, de décideurs,
comme on dit aujourd’hui, qui ne doivent rien payer.
Pour eux comme pour le footballeur Ronaldinho payé 25
millions d’euros par an, et qui sort sans argent, tout
doit être gratuit.
Avec un exemple qui vient d’en haut comme cela, on ne
peut que souhaiter une grande et prompte réussite à la
société française. Comme j’aime l’Argentine et que je
compte y rester, je souhaitais écrire ces lignes sur
ce cas d’école bien français.

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