Philippe Randa

la chronique

la tribune libre

connaître philippe randa

connaître peter randa

contact

recherche du site
recherche avancée

lettre d'information

rss flux rss

les dernières chroniques
3/02/12
Que vous soyez anti-raciste subventionné ou non…
La présence de Marine Le Pen à une festivité autrichienne a déclenché une nouvelle...
blank
29/01/12
Quand j’entends le mot « culture », je sors mon téléphone
Avec la fermeture du site web Megaupload (MU) et le lancement des forfaits Free...
blank
22/01/12
Pronostic, mon beau pronostic, dis-moi qui est…
« Quelle que soit la sottise des pronostics, la réalité la dépassera » (Natalie...
blank
12/01/12
Les apprentis bouffons de la politique
L’actuelle campagne pour la prochaine élection présidentielle semble chaque...
blank
4/01/12
Personnalités « préférées » ou « politiquement correctes » ?
Le classement des personnalités préférées des Français, réalisé par l’Ifop pour...
blank
les dernières tribunes
3/02/12
REGARDS & POINTS DE VUE
Avec ce premier numéro, dont le choix du contenu a été guidé par l’actualité,...
blank
22/01/12
La France de 2012 et le retour des hobbits
En 1997, j’avais publié un livre sur Tolkien, plus grand écrivain d’aventures...
blank
12/01/12
Le noël latino ou l’irrésistible ascension de l’Amérique du sud
Une journaliste uruguayenne faisait récemment remarquer au prix Nobel Mario...
blank
4/01/12
Perspectives politiques 2011-2012 : Vive la crise !
Philippe Randa (écrivain, chroniqueur politique et éditeur) sera au LOCAL (92,...
blank
28/12/11
Euroflash décembre 2011
EXILS En France, l’arrivée aléatoire de la Gauche au pouvoir en juin prochain...
blank
les sites à visiter
Dualpha.com
Editeur non-conformiste
blank
Librad.com
PLus de livres pour plus de liberté
blank
Synthèse nationale
blank
Samedi, 9 Janvier 2010
imprimer
mail
De l'an Mil à l'an Nul
Nicolas Bonnal
La Tribune libre
L'an Mil avait ses craintes, il avait aussi ses rêves : après la brève peur de l'Apocalypse, l'Europe se couvrit, nous compte Raoul Glaber, d'un blanc manteau d'églises, et l'occident entama sa prodigieuse ascension spirituelle et aussi matérielle, qui culmina sur les tours gothiques et les beffrois des hôtels de ville. Le même matérialisme devait emporter l'occident sur les voix du nationalisme, des guerres, de la Traite, de l'impérialisme, du consumérisme finissant. C'est ce consumérisme que nous voyons aujourd'hui finissant son œuvre, tant de fois dénoncée, depuis Rousseau, Tocqueville ou Poe, et qui recouvre la terre du masque de sa mort grise.
On aura rarement vécu une décennie aussi nulle que celle écoulée, peut-être pas sur le plan de la consommation, précisément, mais sur celui de la civilisation.
Je regardais sur “Arte” le Concert du Nouvel An, suivi par moins de 500 000 téléspectateurs. On y jouait, admirablement, la “Pastorale” de Beethoven, qui date du début du XIXe siècle, le “Knaben Wunderhorn” de Mahler, qui date lui du début du XXe siècle, quand l'Europe regorgeait encore de richesses, sinon spirituelles, du moins culturelles, tant en musique qu'en littérature, peinture, architecture ou même philosophie. Le chef Bernard Haitink, dinosaure de la grande époque des chefs d'orchestre, dirigeait tout cela d'une main de maître, mais il a 80 ans. Qui nous dit qu'il y aura d'autres chefs comme lui dans vingt ans, qui nous dit même qu'il y aura un public (on l'entrevoyait bien chenu) dans vingt ans ?
On me répondra qu'on s'en fout du classique, et qu'on a d'autres chats à fouetter : Johnny, les Talibans, Paris Hilton, les Iraniens, Michael Jackson, la crise immobilière, ses avatars et j'en passe. C'est bien le propre de cette non-époque : avoir d'autres chats à fouetter, d'autres SMS à envoyer, d'autres chats à pourvoir. Nietzsche nous avait de toute manière prévenus, mais à l'envers : le désert croît, malheur à qui recèle des déserts… La non-époque est celle de l'imbécile heureux, de l'Insipiens.
Je ne vois rien à l'horizon, comme la sœur Anne sur sa tour perchée. Il y aura une grave crise écologique, dont on nous rebat trop les oreilles, par cet hiver polaire. Il y a une explosion mondiale de la dette, qui est devenue une deuxième nature (les crises fiscales ont eu raison pourtant de beaucoup de civilisations, de beaucoup d'anciens régimes). Il y a, surtout, un prodigieux vieillissement de la population qui frappe tous les continents, sauf l'Afrique. Avec l'âge, je suppose que l'on devient moins audacieux, moins créatif, plus tartufe aussi. Il n'y a qu'à voir le cas de l'Europe. Quand nous aurons trois milliards de sexagénaires retraités, vers 2050, et 300 millions de nonagénaires grabataires, et que nous ne saurons qu'en faire, je voudrais bien que l'on se rappelle alors de cette première décennie 2000, dite de l'an Nul.
Tout le monde me l'a confirmé : on n'a jamais vécu un réveillon si triste, à cause dit-on de la crise. Pourtant on n'a jamais autant créé de richesses, pourtant on n'a jamais autant imprimé de billets pour faire plaisir aux banquiers, aux traders, aux consommateurs, aux acheteurs. Il semble qu'une certaine saturation se fasse jour dans la consommation. Durera-t-elle ? Passé un certain âge, il est difficile de reprendre les habitudes abandonnées. De ce point de vue, l'année 2006, qui voit le passage à la retraite de la première rangée des "baby-boomers", est déterminante. Elle marque un reflux, reflux confirmé depuis de la consommation dégénérée, du chancre immobilier qui a défiguré toutes les côtes, toutes les montagnes du monde. Et en l'an Nul on s'est réveillé avec une gueule de bois et moins de réveillons à 700 ou 1000 euros.
La consommation semble avoir atteint certaines limites. Mais le manque de lucidité, l'aboulie, la distraction technophile des contemporains et des politiciens attendent, eux, un réveil bien sévère. Comme dit le Prophète Mohammed, entre deux bombardements américains, dans un hâdith oublié : "Les hommes dorment ; mais quand ils meurent, ils se réveillent". En attendant, l'an Nul.

Commentaires (0)