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Lundi, 5 Avril 2010
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Préface de Pierre Vial à “À l'ombre de l'Europe d'en haut”
Les entretiens de Philippe Randa
Philippe Randa a la curiosité du journaliste, la créativité de l’écrivain, l’inventivité de l’éditeur. Mises en faisceau, ces qualités en font, comme me l’avait fait remarquer un jour Jean Mabire, quelqu’un d’inclassable.
Et c’est bien ainsi car, alors que certains aiment tant mettre une étiquette dans le dos des gens, cela correspond à son goût, prononcé et assumé, pour l’indépendance. Une indépendance qui va de pair avec une liberté de ton bien agréable pour le lecteur en ces temps de con­for­misme, de politiquement correct et, donc, de médiocrité.
Attentif à l’actualité, il en fait un décryptage très point, mais toujours rendu plaisant par un style caustique, jubilatoire. Il a parfois – à juste titre – la dent dure, mais on sent malgré tout, au détour de ses phrases, une indulgence pour la nature humaine, fruit d’une longue observation et écoute de ces animaux si particuliers que l’on appelle des hommes.
Cette indulgence fait qu’à la différence de certains confrères ses piques ne sont jamais chargées de fiel. C’est tout à son honneur car seuls les esprits sectaires se laissent aller à exprimer une haine recuite à l’égard de ceux qui ne sont pas d’accord avec eux et Philippe est l’antithèse absolue du sectaire. Ce qui lui vaut l’ini­mitié de certains esprits bornés, enfermés dans leur dogmatisme et leur catéchisme qui sent le rance. Mais, comme a dit un jour un grand homme d’État du XXe siècle, « beaucoup d’ennemis, beaucoup d’honneur. »
Si Philippe Randa veille aujourd’hui à se maintenir au-dessus de la mêlée, cela ne l’empêche pas d’avoir des convictions bien assises, qu’il a manifestées très tôt, à l’époque où les âmes bien nées s’engageaient résolument dans ce que les bourgeois de droite, installés confortablement sur leur gros fessier, à l’abri des risques, appelaient dédaigneusement « l’activisme ».
Péché de jeunesse ? C’est ce que mettent en avant aujourd’hui ceux qui, carriérisme oblige, essayent d’esquiver cette question qui a fait le titre d’un beau livre d’Henri Béraud : Qu’as-tu fait de ta jeunesse ?… en cherchant de pauvres excuses à leur lâcheté : seuls les imbéciles, n’est-ce pas, ne changent pas d’avis ?
Com­bien, beaucoup d’eau ayant coulé sous le pont Mirabeau, plastronnent sous les ors de la République, dans les conseils d’administration ou les salles de rédaction des grands médias, après voir milité pour la Révolution – notre Révolution. Des noms ! Des noms ! Je me tairai car j’essaye de mettre en application un esprit de charité qui est, paraît-il, une vertu chrétienne – mais que je vois peu de chrétiens pratiquer.
Je sais qu’une telle évocation va faire sourire Philippe. Mais je tenais à dire ici qu’il a, lui, toujours mis en pratique cette fidélité qui est notre honneur.
Je ne voudrais pas, cependant, terminer sur une note trop sévère. C’est pourquoi j’invite le lecteur à se plonger, sereinement, comme on goûte l’eau d’un frais ruisseau, dans ces textes si divers de Philippe Randa qui montrent l’étendue de ses préoccupations ainsi que ce solide bagage de l’esprit qu’il faut bien appeler la culture. En d’autres temps on aurait dit de notre au­teur qu’il était un honnête homme. Cette expression n’est plus vrai­ment comprise aujourd’hui et c’est bien dommage car elle était le reflet d’une civilisation, notre civilisation. Qui compte en­core, malgré tout, quelques vaillants défenseurs.
Philippe, évidemment, est du lot.

À l'ombre de l'Europe d'en haut de Philippe Randa
Préface de Pierre Vial
(Chroniques barbares VII)
Collection “politiquement incorrect"
Éditions Dualpha, 2010.

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