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Mercredi, 25 Juillet 2007
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Peter Randa : Un marginal jamais démobilisé
Les entretiens de Peter Randa
Le 10 décembre 1979 disparaissait un des romanciers populaires les plus prolifiques de ces trente dernières années. Peter Randa, de son vrai nom André Duquesne, qui après avoir passé une partie de sa vie à inventer des morts imaginaires, la rencontrait sur la Nationale 10.
Un jour, il avait décidé de se faire un nom dans la littérature, mais voilà : « Il me faut toujours vingt-cinq ans pour réaliser le projets que j'ai en tête », déclarait-il.
Comédien, puis éditeur emprisonné en Suisse pour la légèreté de ses publications, il tient pendant la guerre à Genève, un cabaret où se cotoient collaborateurs et résistants français… La vie lui aura donné, pendant quarante ans, sinon le goût du risque, du moins celui d'une vie de Bohème qu'il se targuera toujours d'avoir été l'un des derniers à connaître.
En 1955, Freudaines, sélectionné par Marcel Duhamel, paraît à la NRF dans la célèbre Série Noire. Trois autres romans suivront dont Jusqu'au dernier, adapté au cinéma.
La brouille entre l'éditeur et lui se produira à la parution de ce dernier. En effet, Jusqu'au dernier étant le numéro 300 de la Série Noire, l'auteur espère une publicité exceptionnelle à laquelle Duhamel s'oppose, sous prétexte que sa collection publie principalement des auteurs anglo-saxons et qu'il était « hors de question de faire du bruit autour d'un auteur français ».
Se souvenant qu'un de ses ancêtre s'appelait Jules Hardhouin Mansart, l'un des prestigieux architecte du Palais de Versailles, il signera Jules Hardhouin des romans d'espionnage au masque, André Duquesne des polars aux Presses de la Cité et Peter Randa, dans la collection « Spécial-police » du Fleuve Noir. Il sera ainsi l'un des rares auteurs à publier simultanément (pendant quelques mois), dans les quatre principales collections policières de France.

L'auteur le plus prisé parmi les truands des années 60 et 70
Armand de Caro, directeur du Fleuve Noir, lui demandera un jour des romans fantastiques, dont l'un, promis depuis longtemps, est plutôt, juge l'auteur, une idée de Science-fiction qu'il se propose de traiter dans cette optique, mais les exigences de la programmation l'obligeront à le rédiger d'une traite, en moins de trois jours. Croyant qu'il sera refusé, il pense déjà à le réécrire comme il l'entend, mais le manuscrit, accepté sur-le-champ, sera une des meilleures ventes de la série.
En 1956, il réalisera dans France-Soir, au cours d'un Tour de France cycliste, le feuilleton Une poupée dans le Tour, avec Ange Bastiani qui deviendra son meilleur ami dans le métier. En 1958, à l'occasion d'un second Tour cycliste, il animera une émission radio-diffusée « les auditeurs mènent l'enquête ».
Anti-conformiste, bien qu'attaché à un certain nombre de valeurs, il alimentera longtemps la collection « aventurier » du Fleuve Noir des tribulations d'Achille Nau, gentleman-truand dont l'adage est : À quoi serviraient les lois si on les respectait ?
Ses décors plantés de quelques mots justes et percutants, ses dialogues vivants et naturels, selon la psychologie des personnages, le hisseront à une réputation quelque peu inquiétante parmi les truands dont il sera l'auteur le plus prisé, durant les années 60 et 70, ce dont son éditeur n'osera pas tirer publicité.
Ainsi, son personnage de Fabien Fauvel, ancien officier de l'Algérie Française, ex-OAS, est en effet plus « hors-la-société » que hors-la-loi ; en compagnie d'une dizaine « d'anciens », il nettoie certaines écuries d'Augias tout en n'hésitant pas à commettre des hold-ups retentissants !
«Le monde occidental est en train de mourir de ses compromissions ; je (Fauvel) me bats pour cela… Bientôt, on ne pourra plus avoir recours aux solutions légales à cause des politiciens. Je serai là pour les autres solutions ».
Dans toute son œuvre, Peter Randa donnera la prépondérance aux militaires, commandos et baroudeurs qui occuperont dans les sociétés hiérarchisées qu'il dépeint, une place privilégiée : « Les Égalitaires n'ont jamais été qu'un moyen. Les principes qu'ils défendent sont périmés depuis longtemps. Ils n'ont pu triompher que dans les époques où le souci des classes dirigeantes était avant tout d'asservir les populations. L'Egalité, il n'y a que les imbéciles pour y croire… » (Qui suis-je ?).
Travailleur acharné, Randa était un marginal jamais démobilisé qui ne cachait pas ses idées fascistes.
En 1960, passionné par la science-fiction, il excellera vite dans le space-opéra jusqu'à devenir un des piliers de la collection « Anticipation », en respectant scrupuleusement la vieille règle classique des trois unités : temps, action et lieu.

Un ordre nouveau et impérial
Dans son premier roman de S-F, Survie, le héros est un hors-la-loi, utilisé comme cobaye sur une planète encore mal connue ; il deviendra alors le dépositaire d'une civilisation disparue ; elle lui permettra dans Baroud d'empêcher une race venue de l'espace de dominer les Terriens et dans Les frelons d'or, de partir à la conquête des étoiles.
« J'aurai aimé vivre sous l'Empire Romain ou dans la Grèce antique », confiait-t-il. La notion « d'Empire dans les étoiles » revient d'ailleurs comme un leitmotiv dans ses quelques quatre-vingt romans de Science-fiction. À la différence de bien des auteurs dominés par la nostalgie du surhomme, il est essentiellement optimiste, persuadé que l'homme est l'aboutissement du processus naturel de l'évolution des êtres. (Ce sera par exemple La grande chasse des Kadars, Et le dernier humain mourut, L'univers des Torgaux…).
Contrairement à de nombreuses « Histoires du futur », où un Empire terrien évoluerait vers une confédération plus libérale, l'inverse se produit dans ses romans : les mondes fédérés se transforment en Empire : « L'Empire a changé de dynastie, mais son principe est resté immuable. Il apporte la paix à l'univers ».(La barrière du grand isolement).
Peter Randa illustre une analyse non-marxiste de l'impérialisme, caractérisée par le fait qu'elle n'établit pas de rapport de causalité entre le système capitaliste et l'impérialisme, mais que le moteur de l'impérialisme trouve son origine dans des facteurs économiques et politiques divers. On note dans ses écrits un mépris marqué pour « les intérêts bassement mercantiles ».
Cette volonté de puissance, puisée chez Nietzsche, l'amène souvent à opposer civilisation jeune et civilisation décadente (Les résidus du temps). Jamais il ne croiera à la possible cœxistence de races humaines et non-humaines, l'une devant inexorablement dominer l'autre pour survivre. Que ce soit une intelligence minérale (Le grand cristal de Terk), animale (Les pleïades d'Artani) ou celle d'une entité (Fugitifs de l'espace, suivi deLa loi de Mandralor).
« Dès que deux intelligences de nature différente sont confrontées, l'une doit anéantir l'autre, c'est la loi de la nature. Une loi implacable qui condamne tous ceux qui ne la respectent pas » (La brigade du grand sauvetage).
Les métis ne sont pas mieux considérés : « Ils haïssent une des races dont ils sont issus, celle qui est supérieure, et méprisent l'autre. Pour nous aussi, ce sont des êtres inférieurs. Nous savons que dans une hiérarchie, chaque élément a son importance à condition de ne le juger qu'en fonction de ce qu'on peut attendre de lui. Le mépris des inférieurs est aussi stupide que toutes les philosophies qui ont prétendu dans le passé en faire des égaux ». (Retour en Argara).
L'immortalité est également un des grands thèmes de Peter Randa qui en démontre l'attrait aussi bien que les dangers (Les astronefs du pouvoir, Les immortels).
De même, foncièrement hostile au christianisme dont « Jésus, sorte d'agitateur politique, aurait inventé le communisme », sa conception divine rejoindrait assez bien celles des païens de l'Antiquité (L'escale des Dieux, Les boucles du temps, L'héritier des Sars,… ».
Sceptique sur le phénomène OVNI, dont pour lui on ne parle jamais véritablement avec sérieux, il aura accueilli sur terre nombre d'E.T., tout de même moins puérils, plus esthétiques et sans aucun relent humaniste fétide, que le personnage-grenouillesque de Spielberg (Les ides de Mars, L'homme venu des Etoiles, Venu de l'infini,… ).
Le héros de Peter Randa est en général un solitaire, homme « de la dernière chance » ou par un concours de circonstances un « sauveur attendu depuis la nuit des temps ». Ses romans sont alors tout naturellement un « culte du héros » comme dans les quatre volumes consacrés au Stentator Eltéor.
Tandis que pour Michel Lebrun, « Randa se livre dans une écriture spontanée, quasi-automatique, plus ouverte que tout autre romancier… », Jacques Bergier le considérait comme « un des auteurs de science-fiction populaire les plus remarquables de son époque (…) dont les romans ont marqué indéniablement deux générations. »
Capable d'écrire une histoire en quatre ou cinq jours, Peter Randa a publié en moins d'un quart de siècles près de quatre cents romans, sous divers pseudonymes et dans tous les genres : policier, anticipation, angoisse, aventures, espionnages, érotisme…
Doué d'une prodigieuse ingéniosité inventive, il possédait le sens de la construction et de la progression dramatique. Tout est là, bien placé, pour appâter le lecteur, l'entraîner à contre-courant et, comme une truite, le ferrer.

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