Les 13 et 14 avril, Philippe Randa fête un double anniversaire avec ses collaborateurs et amis : celui des éditions Dualpha qu’il a créé en 1997 et de l’ouverture de la librairie Primatice en avril 2006. L’occasion d’en savoir un peu plus grâce à lui sur l’édition, la diffusion et la distribution de livres non-conformistes… Entretien paru dans Synthèse nationale n°3, Printemps 2007
Dans l’édition et la librairie, tout le monde se plaint de façon récurrente… sauf vous, semble-t-il ? Je n’ai certes pas la culture de la pleurnicherie, l’obsession du « Ça eût payé » du sketch de Fernand Raynaud. Si ce que je faisais ne me plaisait pas ou si je n’y arrivais pas, je ne m’en prendrai qu’à moi et changerai d’activités. Et puis, il y a quelque chose d’excitant à chercher comment réussir dans un secteur réputé difficile. Mais quel secteur ne l’est pas, finalement ?
Sous vos enseignes Dualpha et Déterna, vous publiez beaucoup… Beaucoup, je ne sais pas. Il y a tant à faire… En tout cas, je diversifie autant que possible mes collections. Par ailleurs, alors que l’imprimerie a énormément évoluée ces dernières années, notamment avec le développement de l’impression numérique, il est de plus en plus difficile d’être publié quand on n’est pas un auteur connu, que le sujet d’un livre n’est pas considéré comme « grand public » ou qu’il est politiquement, historiquement ou religieusement incorrect. De plus en plus, les éditeurs ne cherchent qu’à faire des « coups », obsédés par des succès mondiaux comme, ces dernières années, le Da Vinci code ou les aventures d’Harry Potter. J’ai une toute autre politique éditoriale dont la ligne directrice est avant tout de braver le conformisme ambiant.
Par exemple ? Je viens de publier le livre Les démons de la foi de Mokhtar Sakhri, un journaliste très connu en Algérie, mais dont les écrits déplaisent autant au gouvernement algérien qu’aux islamistes. Il a publié sans difficulté son livre en Italie où il s’est très bien vendu, mais n’a pas trouvé, avant les éditions Dualpha, d’éditeur français au motif qu’il ne fallait pas risquer de « heurter » les extrémistes musulmans. Ces derniers n’ont même pas besoin de poser de bombes pour faire peser la pire de toutes les chapes de plomb, celle de l’auto-censure. Cette terreur intellectuelle est d’ailleurs tout autant imposée par les extrémistes sionistes ou les professionnels de l’anti-racisme. Ce sont tous ces extrémistes – auxquels on pourrait ajouter les extrémistes protestants aux USA ou catholiques en Pologne – qui décident de ce qui doit être lu ou non, donc publié ou non. Ne mendiant aucune subvention et contournant les habituels circuits de distribution, je ne baisse pas le dos sous leurs fourches caudines. Ce qui m’arrange bien, car avec l’âge, ma souplesse laisse de plus en plus à désirer.
Pour contourner les circuits habituels de diffusion, vous avez créé Francephi diffusion, un catalogue mensuel de vente par correspondance (celui d’avril 2007 est le 88e) et, voici un an, la librairie Primatice… La Vente par correspondance est un formidable moyen de conserver son indépendance : c’est le contact direct avec les lecteurs et leur fidélisation est la meilleure preuve de leur confiance. C’est grâce à la VPC que j’ai pu développer mes éditions, mais mes livres sont également disponibles dans toutes les librairies qui désirent les obtenir pour leurs clients. On en trouve jusque dans certaines FNAC et sur toutes les libraires internet (Amazon.com, alapage.com, chapitre.com, abebooks.fr, etc. et bien sûr dualpha.com et librad.com)… Quant à Primatice, c’est avant tout un comptoir de vente qui permet à de petits éditeurs sans moyens d’être présents à Paris afin que tous les libraires puissent obtenir facilement, c’est-à-dire professionnellement, leurs livres. Cela manquait et j’ai pensé qu’il fallait faire quelque chose ; à l’évidence, j’ai vu juste, la nature ayant horreur du vide. En une année, Primatice est devenue le relais auprès des libraires autant que des particuliers d’une trentaine d’éditeurs dont on se procurait difficilement les livres. Le fait également que nous ayons en permanence en rayons la totalité de leurs livres disponibles permet d’acquérir rapidement des livres qu’on recherchait depuis longtemps. Ou de les découvrir.
Des livres, mais aussi des BD, des CD, des jeux, des DVD… Tous plus originaux ou anti-conformistes les uns que les autres… Les CD de France Productions ou du Chœurs Montjoie-Saint-Denis sont un succès, ce qui n’étonnera que ceux qui ne les connaissent pas. Quant aux BD, nous avons l’intégralité de l’œuvre de Reynald Secher qui a entrepris depuis de nombreuses années de rappeler à la République française qu’elle s’est aussi bâtie sur un génocide, celui des Vendéens. Mais il y a, semble-t-il, pour les sévères garde-chiourmes de la « patrie des droits de l’Homme » charniers et charniers. Malheureusement pour eux, il y a aussi des historiens comme Reynald Secher, des empêcheurs d’oublier ce qui dérange tant certains donneurs de leçons…